Alsacien
Dis Hausz sted in Godes Hand - God bewar es vor Feyr u(nd Brand)
("Cette maison se trouve dans les mains de Dieu - Puisse Dieu la protéger du feu")
L'alsacien (Elsässisch, Elsässerditsch ou, en allemand standard, Elsässerdeutsch) est l'ensemble de dialectes germaniques pratiqués dans le territoire de l'Alsace, en France, une variante de la famille de dialectes alémaniques parlé à l'est des Vosges.
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Géographie
L’orthographe n’est pas fixée car la prononciation en particulier varie d’une province à l’autre, voire d’un village à l’autre. Il existait également dans les Vosges alsaciennes un parler roman, aujourd'hui quasiment disparu, à l'exception notable du welche (ou welsche), encore parlé dans la vallée de Kaysersberg. La distinction a été constatée pour la première fois lors des Serments de Strasbourg en 842. En Alsace du Nord, autour de Wissembourg et Sarre-Union, on parle une variante du francique, le francique rhénan, caractérisé par l'absence de la seconde mutation consonantique (Perd pour Pferd) et par l'apparition de la diphtongaison «bavaroise», où toutefois on est resté au stade «äj» sans arriver à «aj» (Wissembourg se dit sur place Wäjssebua). Partout ailleurs en Alsace, il s'agit de variantes alémaniques.
Caractéristiques linguistiques
Parmi les traits qui séparent l'alsacien du Hochdeutsch, l'allemand littéraire, on peut citer entre autres l'absence de la diphtongaison dite bavaroise : « Wyn ou Wyh » pour « Wein », « Hüs » pour « Haus » ; la palatalisation du « u » long et le maintien d'anciennes diphtongues : « güet » pour « gut » (anciennement «guot»); un certain relâchement articulatoire : « sewa » pour « sieben »; le passage de [rs] intervocalique à [rsch] (le nom du village Schnersheim se prononce sur place Schnarsche) etc.
Du point de vue grammatical on remarquera la réduction des temps de la conjugaison à deux: le présent et le passé composé: Ich bin, ich bin gsin. Les nuances s'expriment par des adverbes ou se devinent à partir du contexte.
L'appartenance de l'Alsace à la France s'est répercutée sur le plan lexical. Le fait d'être coupé politiquement de la sphère du Hochdeutsch qui, Outre-Rhin et en Suisse, sert aux locuteurs alémaniques de langue écrite (Schriftsprache), a permis la préservation d'un grand nombre d'archaïsmes, inintelligibles de nos jours même au pays de Bade ; d'autre part, le dialecte n'a cessé d'emprunter au français. Ces deux tendances séparent l'alsacien des parlers alémaniques d'Allemagne et de Suisse peut-être davantage que les caractéristiques purement phonétiques.
Usage
Aujourd'hui, on observe une forte diminution de l'usage de l'alsacien. C'est dans les centres urbains, avec leurs populations mobiles, que le recul est le plus notable. La Révolution française, période durant laquelle les États allemands étaient dans le camp ennemi, a marqué une véritable période d'intolérance, mais de durée limitée. C'est essentiellement au sortir de la Première et de la Seconde Guerre mondiale que les autorités françaises ont le plus œuvré pour que l'usage de l'alsacien disparaisse au profit du français. Il était alors notamment dit qu'« il est chic de parler français ». Si le déclin continue, on peut cependant constater que l'alsacien a tendance à mieux résister que d'autres langues régionales, plus isolées, comme le breton.
On peut dire que le recul brutal de l'alsacien a commencé au cours des années 1970. Les sexagénaires, et même parfois les quinquagénaires, se rappellent que dans leur enfance ils étaient surpris d'entendre des personnes âgées discuter entre elles en français ; et dans la rue c'est en dialecte que, dans les années soixante, les gamins vous proposaient des billets de tombolas. L'irruption de la télévision dans la vie familiale est pour beaucoup dans ce recul: il n'existe pas de chaînes en dialecte, à peine quelques émissions, et le petit Alsacien élevé dans le bilinguisme français-alsacien comprend d'emblée les chaînes françaises alors qu'il a beaucoup plus de mal avec les chaînes allemandes.
Culture alsacienne
De nombreux artistes s'expriment en alsacien, contribuant à une culture spécifique, comme Tomi Ungerer, André Weckmann, René Schickelé, Jean Egen, Roger Siffer, Germain Muller, Liselotte Hamm et Jean-Marie Hummel, René Egles, Sylvie Reff, Kansas of Elsass, Christophe Voltz, etc.
Une survivance: le français d'Alsace
Il faut entendre par «français d'Alsace» non la langue parlée par les vieux dialectophones, qui traduisent en fait en français ce qu'ils pensent en alsacien (ils sont aujourd'hui de plus en plus rares), mais la langue utilisée spontanément par des personnes qui souvent ne connaissent pas ou connaissent mal l'alsacien et n'ont absolument pas conscience d'employer des formes marquées localement. Ainsi une phrase comme « Je vais laisser réparer mes chaussures » pour « Je vais faire réparer mes chaussures » ne s'entend plus que dans la bouche de gens âgés; en revanche une bourgeoise soucieuse d'imiter le langage parisien n'hésitera pas à parler de son «manteau de pluie» (Regenmantel) au lieu de dire «imperméable». « Faire le singe » signifie à l'intérieur « faire l'imbécile pour amuser les autres » alors que le sens en Alsace serait plutôt « se rendre ridicule ». Un protestant vous dira souvent qu'il va « à l'église » et non « au temple » (ce dernier mot irrite même certains pasteurs). Sous l'influence de l'allemand « doch »; le mot « donc » s'emploie parfois au sens de « pourtant » (« Tu ne le sais pas ? Je te l'ai donc dit ! »).
L'influence germanique se fait également sentir sur le plan syntaxique. La phrase « Mon mari me cherche à 4 heures » n'implique pas que l'épouse qui la prononce a pris la fuite mais signifie simplement « Il vient me chercher à 4 heures ». Pour faire venir à elle son enfant une mère lui dira: « Viens chez maman » . « Je vais le demander » pour « Je vais lui demander » s'entendrait même jusqu'en salles des professeurs. Egalement héritées de l'allemand, les formules « Ils ne viennent pas avec », « il faut lui aider », « moi aussi pas », « comme dit ».
Enfin, l'emploi du subjonctif dans certaines subordonnées introduites par QUE n'est pas toujours naturel pour un Alsacien.
On citera aussi « blâmer quelqu'un » (se moquer de quelqu'un), « finette » (maillot de corps), « lavette » (gant de toilette), « tirette » (fermeture à glissière, dite fermeture éclair) etc.
Il ne faut pas confondre ces fautes de langue avec celles qui s'entendent dans toute la France, comme « la montre à ma mère » pour « la montre de ma mère », « si j'aurais su » pour « si j'avais su », etc.
Les mots alsaciens sont aussi utilisés par les francophones, sans même parfois savoir leur origine. Sans entrer dans les détails de la gastronomie (Baeckeoffe, Mannele, Bredele, Berewecke), on peut citer le schluck (la gorgée), le schlüch (le tuyau d'arrosage), le stück (traduction de « morceau », un immeuble imposant, une fille canon), le schlass (un couteau) le bichele (la manique), le zehnerclock (les sons de cloche de 22h sonnés à la cathédrale tous les soirs), être frach (effronté), ou encore schlass (littéralement mou/ratatiné, utilisé comme ailleurs dans le sens de « fatigué », mais signifiant également « un peu ivre »), le schnock (le moustique)... [à suivre]
A noter, deux interjections utilisées quotidiennement dans le langage parlé à l'identique en français ou en alsacien, qui déroutent souvent les francophones d'ailleurs ainsi que les gens “de l'intérieur” :
- « hopla ! » : mot confirmant et renforçant une exclamation, quasiment équivalent de (ok)!, spécifique à l'Alsacien.
- « gæll ? » : appuie une interrogation, équivalent de (hein)?, présent aussi dans les dialectes d'Allemagne du Sud.
L'enseignement et le bilinguisme français-allemand
Jusqu'à la révolution française, l'allemand est la langue traditionnelle de l'école et de l'université. En 1853, le français devient la langue officielle de l'école, mais l'allemand reste enseigné 35 minutes par jour. En 1871 l'allemand redevient la langue officielle à l'école sauf dans les contrées francophones du Reichsland où le français est utilisé fortement. En 1918 c'est le rejet de l'allemand considéré comme une langue étrangère et ordre est donné d'utiliser la méthode d'enseignement directe, qui consistait à utiliser le français sans transition. En 1928 le décret Poincaré-Pfister réintroduit l'allemand au cours du 2eme semestre de la 2eme année scolaire à raison de 3h30 par semaine auxquelles s'ajoute l'instruction religieuse donnée en allemand. En 1945 l'allemand est totalement supprimé de l'enseignement par mesure provisoire, mesure qui finalement durera. Dès 1951 l'opinion alsacienne demande son rétablissement et l'allemand est réintroduit en douce à titre facultatif avec des enseignants itinérants. Ainsi durant les deux dernières années du primaire certains Alsaciens bénéficient de 3 heures d'allemand par semaine. En 1971 85% des parents sont favorables à l'introduction de l'allemand à l'école primaire, selon un sondage de l'IFOP pour les Dernières Nouvelles d'Alsace. En 1972 démarre un enseignement de l'allemand qui exploite l'acquis dialectal des enfants de neuf ans à raison d'une demi-heure d'allemand par jour. En 1974, 8 000 élèves sur 60 000 bénéficient dudit enseignement, financé directement par les municipalités.A partir du debut des années 1990, l'association ABCM-Zweisprachigkeit développe les écoles bilingue paritaires. Depuis, la région a créé dans les écoles publiques des classes bilingues; voir Enseignement des langues étrangères.
Exemples
| français | allemand | alsacien | anglais |
|---|---|---|---|
| terre | Erde | arda | earth |
| ciel | Himmel | hemmel | heaven, sky |
| eau | Wasser | wàsser | water |
| feu | Feuer | fihr | fire |
| homme | Mann | mànn | man |
| femme | Frau | frài | woman |
| manger | essen | assa | eat (to) |
| boire | trinken | trenga | drink (to) |
| grand | gross | groos | great |
| petit | klein | klain | little, small |
| nuit | Nacht | nàcht | night |
| jour | Tag | däi | day |
Ces écrits ne reflètent de loin pas toutes les sortes de prononciations d'alsaciens.
Voir Dictionnaire Alsacien-Français
Publications en alsacien
Bande dessinée
- Les Aventures de Tintin et Milou
- D'Affär mit'm Tournesol - L'Affaire Tournesol
- De Castafiore ihre Schmuck - Les Bijoux de la Castafiore
- Astérix le Gaulois
- De Asterix än de olympische Spieler - Astérix aux Jeux Olympiques
- Asterix geht wieder dran (sortie le 10 novembre 2004) - Astérix et la rentrée gauloise
Logiciels
- Microsoft Office 2007 : accessible gratuitement à tous les possesseurs d'une version d'office soit en téléchargement soit sur CD rom via les organismes qui le diffuseront comme l'Office pour la langue et la culture d'Alsace ou les offices de tourisme. Office 2007 reconnaitra 50 000 mots et expressions en alsacien.
Voir aussi
Liens internes
Bibliographie
- Matzen Raymond, Daul Léon, Wie geht's ? Le dialecte à portée de tous, éditions La Nuée bleue/DNA, Strasbourg, 1999. 256 pages
- Matzen Raymond, Daul Léon, Wie steht's ? Lexiques alsacien et français, Variantes dialectales, Grammaire, éditions La Nuée bleue/DNA, Strasbourg, 2000. 175 pages
- Paul Lévy, Histoire linguistique d'Alsace et de Lorraine, éditions Manucius, Houilles, 2004 (rééd., 1re édition 1929).
Liens externes
- Histoire de l'alsacien
- Le welsch
- Culture et Bilinguisme d'Alsace et de Moselle
- L'humour Alsacien en vidéo
- Dictionnaire alsacien-français/français-alsacien de Freelang
- Toute l'actu Alsace en direct:
- Le Journal des alsaciens - réactions à l'actualité alsacienne
Main basse sur ma langue de Robert Grossmann ed. nuéée bleue
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