Babylone
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Babylone est le nom d'une ville antique de Mésopotamie située sur l'Euphrate à environ 100 kilomètres au sud-est de l'actuelle Bagdad (Irak), près de la ville moderne de Hilla. Sa position géographique exacte est 32° 33′N 44° 26′E. Le nom de « Babylone » est parfois utilisé pour désigner la totalité de l'empire babylonien.
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Étymologie
Le nom de la ville de Babylone provient sans doute du nom pré-sumérien Babulu, que les Akkadiens ont expliqué étymologiquement par bab-ili(m), ce qui signifie « la Porte du Dieu », devenu plus tard bab-ilāni, « la Porte des Dieux » . Ce nom a été traduit en sumérien selon le même sens en Ka.dingir.ra. Les Grecs ont traduit ce nom en Babylon, qui a été repris par la suite par les Européens. Les Hébreux ont rapproché le nom de la ville de la racine hébraïque bbl, qui signifie « mélanger », ce qui rappelle le mythe de la Tour de Babel (nom hébreu de Babylone).
Les phases de l'histoire de Babylone
Babylone est mentionnée pour la première fois au XXIVe siècle av. J.-C., dans un texte cunéiforme, à l'époque du règne de Shar-kali-sharri, roi de l'empire d'Akkad dont elle fait partie. Elle est ensuite un centre administratif important de l'Empire d'Ur III. La cité n'a pas le prestige de ses voisines du Sud, comme Nipour. Elle ne devient un centre politique important qu'avec l'installation d'une dynastie amorrite au début du IIè millénaire. Rien ne prédispose cette bourgade riveraine d'un bras secondaire de l'Euphrate à devenir à partir de 1800 av. J.-C. la capitale d'un ensemble régional vaste auquel on donne le nom de Babylonie.
Babylone sous la dynastie amorrite (premier empire babylonien)
On ne connaît Babylone dans l'histoire que lorsque arrivent les Amorrites.
La dynastie amorrite de Babylone est fondée vers 1894 av. J.-C. par Soumou-aboum (1894–1881 av. J.-C.). Les Amorrites, jusque là nomades, se laissent assimiler par les Babyloniens, et se sédentarisent. Les amorrites sont un peuple originaire des steppes de l'ouest de la Mésopotamie.
Son successeur Soumou-la-El (1880–1845 av. J.-C.) est le véritable fondateur du royaume babylonien, qui prend sous son règne une certaine importance. Ses successeurs agrandissent le royaume, et sous Sin-mouballit (1812–1793 av. J.-C.) Babylone devient une puissance capable de rivaliser avec les grands royaumes amorrites voisins que sont Larsa, Eshnounna, Isin et Uruk.
Son fils Hammourabi (-1793 – -1750) saura jouer intelligemment son rôle dans le concert international de son temps et cette première dynastie babylonienne ne devient puissante que sous son règne. Après une première partie de règne peu fructueuse, il parvient à subjuguer les royaumes qui l'entourent : Larsa, Eshnunna, puis Mari. Il se désengage aussi de la tutelle de l'Élam. Babylone devient alors la plus grande puissance politique de Mésopotamie. C'est à ce moment que la ville capte à son seul profit, outre le rôle de capitale politique, la fonction de capitale religieuse, unique résidence du dieu Mardouk roi des dieux du panthéon mésopotamien. L'empire d'Hammourabi assure ainsi la synthèse entre les traditions culturelles et religieuses des capitales de Sumer et d'Akkad qui avaient dominé la Mésopotamie au IIIe millénaire av. J.-C. et celles des bédouins amorrites.
Le site de la ville est un peu excentré par rapport aux autres capitales anciennes et futures de la Mésopotamie Agadé (Akkad), Eshnounna, Séleucie, Ctésiphon et Bagdad. Cependant il est proche de l'endroit ou le Tigre et l'Euphrate sont peu éloignés l'un de l'autre. Cela apporte la présence d'un fort réseau de voies d'irrigation et une forte productivité des terres agricoles. Enfin vers l'époque d'Hammourabi le sud de la Mésopotamie voit une forte dégradation de sa situation démographique et économiques, pour des raisons qu'il est encore difficile d'élucider. C'est alors que de grandes métropoles telles Ur, Nippour, Uruk ou Larsa sont abandonnées pour de longues périodes au profit d'autres villes notamment Babylone au cœur d'une zone agricole prospère. Babylone récupère ainsi les forces vives de ces villes et intègre leurs traditions culturelles et religieuses.
Dès sa fondation la ville s'étend des deux rives de l'Arahtu un bras alors secondaire de l'Euphrate avant d'en devenir le lit principal au Ier millénaire. Sur la rive droite s'étendait un parc, appelé le jardin de l'abondance mais qu'il ne faut pas confondre avec les fameux jardins suspendus dont les historiens actuels doutent de plus en plus qu'ils aient existés à Babylone.
La partie orientale de la ville, sur la rive gauche, est nettement plus étendue. Au nord de cette partie de la ville se trouvait les quartiers royaux avec au centre le palais royal. Sous le règne d'Hammourabi la population du palais s'est fortement accrue car les rois amorrites avaient pour tradition en cas de victoire d'emmener la population féminine du harem du souverain vaincu. Cela dit cette population proche du souverain reste peu connue. Ainsi si l'on connaît plusieurs des enfants d'Hammourabi l'on ignore tout de ses épouses. Par les archives de Mari, nous savons que le palais de Babylone à l'époque amorrite est conçu avec une seule grande porte permettant de filtrer les entrées et comporte plusieurs bâtiments répartis autour d'une large cour arborée.
Ce palais est un centre économique important, comme le sont tous les palais royaux de cette période historique où des archives commerciales privées importantes ont très souvent été retrouvées. Il semble qu'à l'époque amorrite le roi fait écouler ses surplus de laine par des agents commerciaux privés, les tamkarou qui disposent d'un certains nombre de mois pour reverser au palais le produit de leurs ventes. Ces agents peuvent aussi recevoir certains impôts en nature venant des fermes qu'ils se chargent de percevoir et de changer en argent avant de le reverser au souverain.
Au centre de la partie orientale de Babylone se trouve le temple de Mardouk puis au sud les quartiers commerciaux qui servent de quartiers résidentiels aux notables et aux commercants.
Le fils d'Hammourabi, Samsou-ilouna (1749–1712 av. J.-C.), poursuit son œuvre, mais de nombreuses révoltes affaiblissent son royaume. Les rois suivants voient leur territoire se désagréger sous l'effet de révoltes, d'attaques de peuples ennemis, en premier lieu les Kassites mais aussi les Hourrites, le tout dans un climat de crise agraire. Samsou-Ditana (1625–1595 av. J.-C.), dont le royaume ne comporte plus que les environs immédiats de Babylone, rentre finalement dans un conflit contre le roi hittite Mursili Ier, qui réussit en 1595 av J-C. un raid sur Babylone avec l'aide des rois de Hana et des Kassites. La ville est pillée et la dynastie amorrite disparaît. Il est important de noter que des études sont en cours de réalisations à propos de la chute de Babylone à cette époque. Un décalage de 70 ans serait plus qu'envisageable ce qui descendrait la fin de la dynastie amorrite de Babylone à 1525 ACN. Il ne s'agit encore que d'une hypothèse et non d'un fait avéré.
La période kassite et la seconde dynastie d'Isin
Après le déferlement des Hittites sur Babylone, les Kassites, venant du Nord, Nord-Est, s'installent à Babylone et fondent leur dynastie par Agum. La date et les conditions exactes de cette prise du pouvoir nous sont inconnues, les premières décennies de la dynastie kassite nous étant inconnues. Vers 1500 av. J.-C., assure sa domination sur toute la Basse-Mésopotamie, puis prend le nom de Karduniash (Babylonie). Le royaume s'étend encore sous ses successeurs, et Babylone devient une des grandes puissances politiques de la période, au même titre que l'Égypte, le Mitanni, les Hittites, l'Élam, comme l'atteste la correspondance d'el Amarna en Egypte(XIVe siècle).
La bonne entente entre les Kassites et les Élamites conduit à une période de relative paix et de prospérité en Babylonie d'une longueur exceptionnelle, environ 150 ans jusqu'au milieu du XIVe siècle. Les Kassites ne feront pas de Babylone leur unique capitale, mais c'est pourtant sous leur dynastie entre le XVe siècle av. J.-C. et le XIIe siècle av. J.-C. que la cité assure définitivement sa suprématie religieuse, intellectuelle et économique. L'apport Kassite à la culture et au rayonnement de Babylone est considérable. Les Kassites assimileront entièrement la tradition, la culture et langue babylonienne, ils honnoreront ses dieux, révisant son panthéon des dieux et leur histoire autour des principales divinités de Babylone comme Marduk et Ishtar et restaurerons leurs temples partout en Babylonie. Ils contribueront aussi fortement au développement et la diffusion de sa littérature que nous connaissons aujourd'hui grâce à leur retranscriptions nombreuses (cf. §Sciences et littérature). Le renouveau Kassite redonne à Babylone un rayonnement et une primauté culturelle et religieuse qui ne la quittera plus jusqu'à la conquête d'Alexandre le Grand.
A partir du milieu du XIVe siècle émerge véritablement le royaume assyrien (début de la période dite médio-assyrienne) avec Assur-uballit I er (1365-1330) qui s'affranchit de la tutelle du Mitanni, royaume en pleine désagrégation. Malgré quelques accrochages mineurs avec le royaume de Babylone, l'Assyrie connaît alors une rapide expansion sur les ruines du Mitanni jusqu'aux frontières hittites. Le règne de Tukultî-Ninurta Ier (1244-1208) marque l'apogée de cette expansion notamment par les premiers conflits importants avec Babylone et les victoires qui en résultent, conduisant à l'occupation temporaire de la Babylonie du Nord et probablement à une brève suzerainté théorique sur le trône de Babylone. Au tournant du XIIIe XIIe siècle les accrochages se multiplient entre la Babylonie et l'Assyrie mais en réalité chacun est aux prises avec d'autres problèmes plus graves. L'Assyrie, à partir du début du XIIe siècle, traverse une crise de pouvoir qui ne se résoudra qu'en 1132, quant à Babylone ses relations avec son ancien allié élamite se dégradent et s'amplifient jusqu'au désastre de la prise de Babylone en 1155 av. J.-C. sous les coups répétés des rois élamites Shutruk-Nahhunte et Kutir-Nahhunte. Cette victoire élamite met fin à quatre siècles d'une stablité remarquable de la dynastie kassite en Babylonie.
En 1132 l'Assyrie sort de son instabilité grâce au règne d'Assur-res-isi Ier qui redonne une unité au cœur de l'Assyrie. Mais c'est surtout le roi Teglath-Phalasar Ier (1114-1076) qui sauve l'Assyrie des incursions "barbares", notamment araméennes, et rétablit en partie ses grandes frontières de 1208. L'Assyrie en profite alors pour reprendre l'initiative face à Babylone qui vient à peine de rétablir sa souveraineté sur l'occupation élamite, mais avec un succès mitigé.
Le pouvoir élamite ne tient en effet pas longtemps en place en Babylonie. Le roi Shilhak-Inshushinak est chassé du pays par le roi d'Isin (une dynastie locale) Ninourta-nadin-shoumi (1132-1127), qui prend le pouvoir à Babylone vers 1130 av. J.-C.. Son successeur Nabuchodonosor Ier réussit à envahir l'Élam quelques années plus tard et rapporte de Suse le butin que les Elamites avaient ramené lors de la prise de Babylone.
A partir de 1050 av. J.-C. Assyrie et Babylonie s'entendent d'une certaine manière face à l'adversité car les deux royaumes sont submergés par les incursions araméennes. La fin du règne de Nabû-shoum-libour (1032–1025 av. J.-C.) marque pour Babylone le début d'un certain chaos et de changements dynastiques fréquents, les sources concernant l'Assyrie et la Babylonie se tarissent.
Babylone et la domination assyrienne
La fin du XIe siècle est marquée par de grands mouvements de population en Babylonie, comme dans tout le Moyen-Orient. Des tribus d'Araméens et de Chaldéens s'installent en Babylonie, où elles constituent des entités politiques rivales du pouvoir babylonien. Les nouveaux souverains de cette cité s'avèrent incapables de rétablir l'ordre, et la région connaît une triste période durant tout le Xe siècle.
La fin du Xe siècle est marquée par le rétablissement de la monarchie assyrienne par Adad-Nirari II. Celui-ci devient menaçant pour Babylone, mais il est repoussé par Nabû-shuma-ukin (880–860 av. J.-C.), qui réussit à améliorer momentanément la situation de son royaume. Après sa mort, une crise de succession secoue Babylone, dont profitent les rois assyriens. Le reste du IXe siècle est marqué par des luttes dynastiques à Babylone et en Assyrie, dont profite à son tour l'un ou l'autre des deux royaumes pour établir sa suprématie sur son voisin. Les Assyriens finissent par l'emporter vers 800 av. J.-C., et la Babylonie tombe à nouveau dans le chaos, des rois Chaldéens tentant de s'établir à Babylone. Ces luttes internes finissent par profiter au royaume assyrien, qui est devenu un véritable Empire sous le règne de Teglath-Phalasar III. Après plusieurs années de luttes, celui-ci réussit à prendre Babylone en 728 av. J.-C., et il s'y proclame roi.
À partir de ce moment, la Babylonie va connaître un siècle de résistances à l'occupation de son voisin du nord. Cette lutte, menée avec le support des Élamites, qui deviennent les alliés de Babylone face à l'Assyrie, est initiée par un roi chaldéen, Merodach-baladan, qui réussit même à une période à régner à Babylone à la fin du VIIIe siècle (722–710 av. J.-C. et brièvement en 703 av. J.-C.), avant d'être chassé par Sargon II puis son fils Sennacherib. Celui-ci fait monter son fils aîné Ashour-Nadin-Shoum sur le trône de la ville, mais il est vite déposé et livré aux Élamites qui le tuent. De rage, le roi assyrien prend la ville et la détruit, totalement selon ses dires, en 689. De plus la statue du dieu Mardouk est transportée en Assyrie où, quoique toujours honorée elle reste captive de nombreuses années. En réalité il est probable que les destructions ne furent que partielles, la rapidité du relèvement de Babylone sous le règne suivant en témoigne.
En effet Assarhaddon, qui succède à Sennacherib en 680 av. J.-C. se montre plus généreux envers la grande cité, qu'il restaure ainsi que l'Esagil. À sa mort en 669 av. J.-C., il choisit de faire monter son fils aîné Shamash-shoum-oukin sur le trône de Babylone, sous l'autorité de son autre fils Assurbanipal, qui devient roi d'Assyrie. Après quelques années du scrupuleuse fidélité, Shamash-shum-ukin finit par se révolter contre son frère en 648 av. J.-C., avec l'aide de la noblesse babylonienne, des Chaldéens et des Élamites. Après plusieurs années de guerre, il est vaincu, et il meurt dans l'incendie de son palais lors de la prise de Babylone par les Assyriens (vers 644 av. J.-C.). Cet épisode tragique inspire le personnage mythique de Sardanapale.
Même sous la domination étrangère les élites lettrées et marchandes de Babylone se battent avec énergie pour le maintien du statut de grande ville religieuse, dont les habitants sont exemptés de toute charge fiscale. Un texte éminemment politique de cet époque, le Miroir du Prince, estime que la fiscalité royale ne peut concerner Babylone, ainsi que Nippour et Sippar.
La dynastie chaldéenne et l'apogée de Babylone
Cette succession de révoltes en Babylonie a sans doute affaibli l'Assyrie, tandis qu'à Babylone l'esprit de résistance était de plus en plus fort, et les résistants de plus en plus actifs et unis. À la mort d'Assurbanipal en 627 av. J.-C., ses successeurs rentrent dans une querelle de succession qui est fatale à leur royaume. Nabopolassar (Nabou-apla-ousour), sans doute le gouverneur de la région du Pays de la Mer, et probablement d'origine chaldéenne, profite des troubles en Assyrie pour prendre le pouvoir à Babylone en 625 av. J.-C. Il prétend soutenir l'un des prétendants assyriens, Sin-shar-ishkoun qui lui confère l'autorité sur Babylone en échange de son appui militaire. Après quelques années de conflit, il réussit finalement à abattre l'Empire assyrien, avec l'aide du roi des Mèdes, Cyaxare, entre 614 av. J.-C. et 610 av. J.-C.
Son fils Nabuchodonosor II (605–562) lui succède. Avec lui, Babylone connaît son apogée. Il fonde l'empire dit Néobabylonien qui couvre une grande partie du Proche-Orient des frontières de l'Égypte jusqu'au Taurus anatolien et aux abords de la Perse. Contrairement à l'Assyrie, qui avait séparée la capitale politique Ninive de la capitale religieuse Assur, l'empire néobabylonien fait de Babylone le lieu d'exercice du pouvoir royal et la résidence de Mardouk, le dieu à la tête du panthéon mésopotamien.
Les règnes de Nabopolossar et Nabuchodonosor II correspondent à une période de profondes transformations de la ville. Ce sont ces travaux qui vont contribuer à l'image, légendaire, reproduite par Hérodote d'une ville ceinte par des murailles de 25 mètres de hauteur. En réalité Nabuchodonosor fait restaurer totalement les deux enceintes traditionnelles de Nimit-Enlil et Imgour-Enlil sur une longueur d'environ 8 kilomètres, lesquelles enserrent la surface batie de la cité. Puis il fait construire une seconde muraille externe d'environ 11 kilomètres qui part de la colline de Babil 300 mètres au nord de la ville et rejoint l'Euphrate au sud. Elle entoure une zone agricole qui pouvait contribuer au ravitaillement de Babylone en cas de siège.
À la vieille ville, proche du fleuve et constituée de rues sinueuses et étroites, s'ajoutent, au nord est de la cité, des quartiers caractérisés par de grandes avenues se coupant à angles droit, dans une sorte de plan en damier. Les contrats de vente des maisons située sur ces axes de circulation appellent ces derniers «voie de passage du roi et des dieux» (mutaq sharri u ilani). Il s'agit de grandes voies processionnelles. La plus célèbre est surnommée « Puisse l'ennemi arrogant ne pas réussir » (Ay-ibour-shabou) et part de la porte d'Ishtar jusqu'a l'enceinte extérieure de l'Esagil. Les dalles qui pavent le sol de cette rue sont au nom de Nabuchodonosor.
Le long de la rive gauche un quai de brique et une muraille protège les deux palais (nord et sud) du roi ainsi que le quartier des temples et le quartier commercial. De plus un pont en dur (bois et briques cuites), un des seuls du Moyen-Orient, permet de relier à proximité de l'Esagil et de l'Etemenanki les deux rives. Afin d'éviter les inondations et de protéger la ville Nabuchodonosor fait construire un énorme écueil en brique afin de briser la force du courant et de contraindre le fleuve à faire un coude.
Au total la ville compte plus de 40 temples autour desquels se rassemblent les maisons des notables et des membres des divers clergés. Les fouilles dans le quartier de Shu-an-na montrent que certaines maisons atteignent parfois 400 m². Cependant la densité du bati est variable et plus l'on s'éloigne du fleuve plus le tissu urbain est discontinu, avec de véritable zone de cultures en son sein. Il est donc particulièrement difficile de connaître le nombre précis des habitants de la métropole babylonienne car outre les fortes inégalités entre quartiers il faut prendre en compte le personnel des palais et des temples, difficile à évaluer, ainsi que la présence de nombreux déportés conséquence des guerres des souverains babyloniens. De plus la présence de commercants étrangers est avérée sans qu'il soit posssible d'en faire une estimation chiffrée.
Les successeurs de Nabuchodonosor II réussissent à tenir tant bien que mal leur royaume, mais ils n'ont pas la trempe des fondateurs de la dynastie. Le dernier roi de Babylone, Nabonide (556–539 av. J.-C.), est un personnage énigmatique qui réussit à se mettre à dos une grande partie des nobles de son royaume. Quand le roi des Perses Cyrus II attaque Babylone en 539 par une attaque surprise contre la porte d'Enlil au nord ouest de la ville, la lutte tourne court et la cité et l'Empire tout entier tombe entre ses mains. Dès lors, Babylone perd son indépendance.
Babylone sous domination étrangère
La chute du royaume babylonien et la fin de l'indépendance politique ne signifient pas le déclin de la métropole mésopotamienne. Certe à deux reprise la ville se révolte contre Darius Ier (en 520–519 av. J.-C. puis en 514 av. J.-C.) et celui-ci finit par démanteler une partie des fortifications. Mais sous la domination des Achéménides Babylone reste la ville la plus développée économiquement de la région et la plus peuplée. De plus elle a rang de ville impériale et offre aux souverains perses une résidence hivernale. Jusqu'au début du Ve siècle av. J.-C. Les archives, souvent privées, nous renseignent sur la prospérité certaine des entrepreneurs et commerçants babyloniens. Notre documentation s'amenuise pour la fin du Ve siècle siècle et le début du IVe siècle av. J.-C.
En 331, l'Empire achéménide tombe entre les mains du roi macédonien Alexandre le Grand après la victoire de Gaugamèles le 1er octobre}. Des négociations s'ouvrent entre Alexandre et l'aristocratie de Babylone. La ville se rend sans combats trois semaines plus tard et un satrape, rallié au souverain macédonien Mazeos, en devient le gouverneur. Alexandre se montre habile en ordonnant la restauration de l'Esagil se ralliant ainsi les prêtres du culte de Mardouk. Souhaite-t'il faire de sa nouvelle conquête sa capitale. C'est plausible car nulle part, selon Quinte-Curce, il ne réside aussi longtemps en Asie. Les derniers mois de son règne semblent consacrés à l'administration et à des travaux dans les alentours de la ville. C'est enfin à Babylone qu'il meurt de maladie, le 10 juin 323 av. J-C., dans le palais qu'avait bâti et habité Nabuchodonosor II.
Le nouveau maître de la Mésopotamie, Séleucos Ier s'empare de Babylone en 312 av. J-C. mais préfère construire une nouvelle capitale, Séleucie et n'hésite pas à utiliser des matériaux de constructions pris à l'antique cité. Sous la domination des Séleucides, puis des Parthes, Babylone décline lentement dans le domaine économique mais garde encore un fort dynasmisme culturels, religieux et scientifiques surtout en ce qui concerne l'astronomie. Ainsi la dernière tablette cunéiforme datable est de 75 de l'ère chrétienne et concerne un texte astronomique.
Il semble que la population urbaine abandonne le site au deuxième siècle de l'ère chrétienne. A l'emplacement de la ville s'installent des agriculteurs qui utilisent les briques de la ziggourat pour enrichir leurs terres et n'hésitent pas à planter des palmeraies au cœur de l'ancien quartier commercial.
Sciences et littérature babyloniennes
La plupart des textes littéraires et scientifiques que nous connaissons viennent essentiellement de l'époque néo-babylonienne. Les œuvres ou traités que nous connaissons aujourd'hui sont ceux qui, au cours des âges, ont été les plus retranscrits.
Parmi les œuvres littéraires les plus célèbres et certainement les plus fondatrices pour les Babyloniens figurent lÉpopée de Gilgamesh, lÉpopée de la création (Enuma elish)(XIIe siècle av. J.-C.) ou encore le Juste souffrant. Ces œuvres ont été fixées et largement retranscrites à l'époque kassite dont le rôle dans la diffusion de la culture babylonienne est capital. Toutes les grandes œuvres littéraires des mythes fondateurs nous viennent de l'époque kassite et même si celles-ci sont certainement plus anciennes on ne leur connaît pas de retranscription antérieure.
En matière de sciences, il faut avant tout préciser que science, religion et divination ne sont pas dissociables dans l'antiquité mésopotamienne. Les Babyloniens compilaient leurs observations dans le but de prévoir en mettant en relief des causes produisant des effets voulus par une puissance divine. Les mathématiques, comme la médecine, l'astronomie et la divination jouissaient cependant d'un statut particulier en Mésopotamie en tant que sujet d'apprentissage et d'étude des scribes. Des problèmes pédagogiques de mathématiques relatifs à des calculs d'intérêts, de longueur de champs, de superficie etc. ont été retrouvés dès l'époque paléo-babylonienne. Dans les premiers traités de médecine, d'astronomie ou de mathématiques remontant à cette époque on peut déjà voir que leurs observations étaient nombreuses et précises. Par exemple déjà au début du IIe millénaire les scribes apprenaient les noms des 5 planètes visibles à l'oeil nu ainsi que certaines étoiles les plus brillantes. Cependant c'est surtout d'après ce qu'on connaît de l'époque néo-babylonienne que l'on peut se faire une idée de l'étendue et de la précision des connaissances babyloniennes particulièremet en astronomie : En effet, par des méthodes arithmétiques très élaborées issues des occurrences des éclipses et des cylces solaires et lunaires constatés depuis des siècles, les Babyloniens auraient certainement prédit certaines éclipses de lune. Les époques achéménides et séleucides de Babylone témoignent d'une connaissance astronomique encore plus précise, avec la connaissance du zodiaque et tous les cycles des corps célestes permanents... Mais ce n'est qu'à partir de l'époque néo-babylonienne que les techniques mathématiques seront employées en astronomie par les savants babyloniens. A l'époque séleucide, Babylone est un centre incomparable d'astronomie qui conserve une compilation gigantesque des observations des phénomènes célestes, surtout depuis la moitiè du VIIIe siècle et où les savants emploient des techniques arimthétiques de calcul très sophistiquées.
Religion et panthéon babylonien
Le dieu tutélaire de la ville est Mardouk qui est au sommet de tout un panthéon de dieux qui se mélangent et s'assimilent plus ou moins aux dieux sémites et sumériens.
Avec l'importance constante et souvent prédominante de la culture babylonienne, le panthéon babylonien devient la référence et compile les autres. Le clergé du dieu Mardouk de la ville jouant un rôle de plus en plus important, Babylone se fera l'héritière de Nippour l'antique capitale religieuse de Sumer, et de son dieu Enlil. Ainsi au XIe siècle av. J.-C. les doubles murailles de Babylone et celles de Nippour reçoivent des noms destinés à souligner leur parenté : À Nippour les murailles s'appellent Nimit-Mardouk (protection du dieu Mardouk) pour la muraille extérieure et Imgour-Mardouk (Mardouk s'est montré favorable) pour l'intérieure et celles de Babylone sont renommées Nimit-Enlil et Imgour-Enlil.
Le temple du dieu Mardouk, l'Esagil (La demeure à la tête élevée), devient le sanctuaire de tout le panthéon mésopotamien et possède des chapelles pour pratiquement tous les dieux qui se réunissent en Assemblée divine (l’Ubshoukkinakkou) dans une cour du temple réservée à cet effet.
Architecture et structure de Babylone
Les vestiges archéologiques de Babylone datent de l'époque néo-babylonienne et corroborent plutôt les observations du premier historien de l'histoire le grec Hérodote. Celui-ci visite la ville au Ve siècle et décrit notamment la gigantesque muraille de 17km composée de deux rangées de murs d'une vingtaine de mètres de haut sur autant de large. Il ne reste rien de la grande ziggourat abritant le temple de Marduk ziggourat Etemenanki (la demeure fondement du Ciel et de la Terre) qui donne probablement naissance à la légende de la Tour de Babel, mais d'après Hérodote, elle aurait atteint la taille impressionnante de 90m de haut. D'après certains textes ésotériques la tour visible s'enfonçait sous terre en une tour aux dimensions identiques.
La ville était de toute évidence gigantesque et Hérodote en est fortement impressionné. Il est extrêmement difficile d'estimer la population des anciennes cités; pour Babylone les évaluations varient de 50 000 habitants pour les hypothèses les plus bases à 500 000 pour les hypothèses les plus hautes.
De cette époque date la célèbre porte d'Ishtar et les panneaux de décorations en briques glacées bleues ou vertes représentant des lions, des taureaux ou des dragons.
Pour les époques antérieures, aucun vestige ne peut témoigner de l'état de la ville, mais les textes mentionnent les destructions, les restaurations et les travaux importants. Par exemple sous le règne d'Adad-shoum-ousour (1216–1187 av. J.-C.) une deuxième enceinte donna à la ville son extension maximale sans doute plus ou moins conforme aux tracés de l'époque néo-babylonienne. Sur la rive gauche la cité de Babylone formait alors un triangle d'environ 500 mètres du nord au sud et 300 mètres d'ouest en est au point le plus large. De l'autre coté de l'Euphrate, sur la rive droite, la ville formait un quadrilatère plus petit, d'environ 100 mètres sur 200).
Tour de Babylone
Certains guides touristiques placent la Tour de Babel à Babylone même, profitant de la confusion entre les 2 noms de Babel et Babylone.
Il s'agirait en fait de la ziggourat Etemenanki dédiée au dieu Mardouk, située à 5 km du centre de Babylone.
Chronologie des faits
- Les Amorittes
- règne du roi d'Akkad Shar-kali-sharri : vers 2220-2200 avant Jésus-Christ
- installation de Sumou-aboum : de -1894 à -1595
- règne d'Hammourabi : de -1793 à -1750
- effacement du royaume de Mari : -1758
- règne de Samsou-ilouna : de -1750 à -1712
- révolte de Larsa : -1738
- invasion des Hittites : -1595
- Les Kassites
- récupération de Sumer : -1530
- prise de Babylone par le roi d'Assour Toukoulti-Ninourta : -1203
- dernier roi kassite captif : -1153
- Isin
- reprise des statues aux assyriens : -1136
- vol des statues par les Elamites : -1129
- règne de roi Nabuchodonosor Ier : de -1129 à -1106
- annexion de la Babylonie par les Assyriens : VIIe siècle
- Les Chaldéens
- règne de Nabopolassar : de -626 à -605
- alliance avec les Mèdes : -625
- attaque de l'Assyrie : -612
- règne de Nabonide : de -556 à -539
- prise de Babylone : -539
- démantèlement de la ville par Xerxès Ier : -482
- Fin de la ville
- visite d'Alexandre le Grand : -331
- perte du statut de capitale : -301
Babylone représente symboliquement, pour les rastafaris, la société occidentale mercantile, décadente, déshumanisée et pervertie, le système répressif, toute forme d'autorité oppressive (police, armée, Église catholique, pouvoir financier, pouvoir politique, etc.). Néanmoins, la Bible, qui en fera le symbole de la corruption et de décadence, nous en transmettra le souvenir et le prestige qui survécurent à sa chute.
La cité païenne antique de Babylone combattit les Hébreux et ces derniers y furent déportés de force après leur défaite, car ils avaient désobéi à Dieu.
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie
Histoire
- D. Arnaud, Nabuchodonosor II, roi de Babylone, Fayard, 2003 (ISBN 2213617619) ;
- (de) D.Charpin, D.O. Edzard, M. Stol, Mesopotamien : die altbabylonische Zeit, Academic Press Fribourg ou Vandenhoeck & Ruprecht, OBO 160-4, 2004 ;
- D. Charpin, Hammu-rabi de Babylone, PUF, 2003 (ISBN 2130539637) ;
- J.A. Brinkman :
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Archéologie
- B. André-Salvini, Babylone, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2001 (ISBN 2130520669) ;
- (en) J. Oates, Babylon, Thames & Hudson, 2005 (2e édition (ISBN 0500273847).
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