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Brigades rouges

Les Brigades rouges (Brigate Rosse) sont une organisation terroriste d'extrême gauche italienne, active principalement pendant les années de plomb. Pratiquant ce qu'ils appellent la « propagande par le fait » (attentats, hold-ups d'auto-financement et assassinats multiples), les différents groupes ayant utilisé l'appellation « Brigades rouges » ont été poursuivis et condamnés à diverses époques par les autorités italiennes.


Sommaire

Histoire

Issues du groupe Sinistra proletaria (Gauche Prolétarienne), les Brigades rouges (BR) sont une organisation terroriste marxiste-léniniste italienne fondée le 20 octobre 1970 à Reggio Emilia principalement par Renato Curcio et Alberto Franceschini.

L'attentat de la Piazza Fontana, le 12 décembre 1969 (16 morts et 98 blessés), marque le début de ce qu'on appellera la « stratégie de la tension ». Un cheminot anarchiste, Giuseppe Pinelli, est à l'époque désigné par les autorités. Des militants néo-fascistes seront finalement mis en examen, en 1997 seulement : ils seront relaxés en mars 2004 par la cour d'appel de Milan, au terme d'un verdict très controversé. En réaction à l'attentat de la piazza Fontana, de nombreux groupes italiens d'extrême gauche (dont le mouvement autonome) entrent en effervescence. La fondation des Brigades rouges découle directement de cet événement.

En 1974, Alberto Franceschini un des principaux fondateurs du groupe est arrêté et condamné à dix-huit ans de prison.

Devant l'échec des actions de propagandes menées en milieu ouvrier, les Brigades rouges décident de concentrer leur action sur la lutte armée et les actions violentes (séquestrations, blessures par balles aux jambes — appelées « jambisations » —, assassinats) contre les « serviteurs de l'État » : policiers, magistrats, hommes politiques et journalistes. Les Brigades rouges commettent également des hold-ups pour s'auto-financer : leur première victime est d'ailleurs un convoyeur de fonds, tué lors d'une attaque à main armée.

L'assassinat d'Aldo Moro

Les secondes BR (les fondateurs des BR sont alors en prison), dirigées par Mario Moretti, se sont principalement illustrées par l'enlèvement du président du parti de la Démocratie chrétienne, Aldo Moro, le 16 mars 1978, jour où il devait devenir Premier ministre et former un gouvernement de « compromis historique » avec le Parti communiste. L'État italien refusant de libérer les militants des BR incarcérés, Aldo Moro est finalement assassiné le 9 mai. Le chef du SISMI (services secrets italiens) reçut par la suite un blâme pour son attitude de fermeté lors des négociations. Dès les années 1970, on parle alors dans les milieux d'extrême gauche d'une mystérieuse organisation secrète, financée par la CIA, qui aurait manipulée, voire infiltrée, le groupe de Mario Moretti. Alberto Franceschini, le fondateur des BR, maintiendra cette thèse dans ses mémoires publiées en 2005 à sa sortie de prison. Depuis les révélations du premier ministre Giulio Andreotti le 24 octobre 1990, on sait alors qu'une telle organisation, appelée Gladio, a réellement existée. Un rapport parlementaire de 2000 dénonça la « stratégie de la tension » qui visait alors, par le biais d'attentats false flags, mis sur le dos de l'extrême gauche, à « empêcher le PCI et, dans une moindre mesure, le Parti socialiste italien, d'accéder au pouvoir ».

A l'époque, les Brigades rouges sont alors dénoncées par la totalité de la classe politique italienne et apparaissent comme définitivement isolées. Le monde syndical italien les condamne notamment suite à l'assassinat du syndicaliste Guido Rossa, qui avait dénoncé un travailleur coupable d'avoir distribué des tracts des BR.

Les années 1980

En 1979, les BR prirent contact avec le Fatah qui lui offrit une cargaison d'armes et explosifs.

En 1986, une scission est intervenue dans les BR, celles-ci se divisant en deux organisations concurrentes : les BR-PCC (Parti communiste combattant) et les BR-UCC (Union communiste combattante). En 1988, les BR ont proclamé leur alliance avec la Fraction armée rouge (RAF). L'arrestation des derniers terroristes la même année semble marquer la fin de l'organisation.

Refuge en France : la « doctrine Mitterrand »

Au cours des années 1980 de nombreux membres des Brigades rouges et d'autres groupes terroristes ont pu se réfugier en France au nom de ce qu'on a appelé la « doctrine Mitterrand » : sous réserve de ne pas se servir de leur refuge en France comme base arrière pour des actions violentes ils avaient la garantie de ne pas être extradés. Cette attitude a largemant contribué à apaiser la tension en Italie. La « doctrine Mitterrand » n'a cependant pas de valeur juridique sur le fond : ce que peut dire un président au long de son mandat n'est pas une source du droit en France, et ne fait donc pas jurisprudence.

En 2002, Paolo Persichetti, « brigadiste » non repenti, condamné à 22 ans de prison pour participation à l'assassinat d'un général de l'aviation, qui enseignait désormais la sociologie politique à l'université Paris VIII, est extradé en Italie. Voir notamment le récit de son extradition: Exil et Châtiment, paru aux éditions Textuel, 2005. Paris semble alors rompre avec l'engagement pris par François Mitterrand en 1985[1], mais la "doctrine Mitterrand" ne concernait pas les personnes coupables de crimes de sang. Il convient de rappeler la déclaration suivante de François Mitterrand :

« Nous avons environ 300 Italiens réfugiés en France depuis 1976 et qui depuis qu’ils sont chez nous, se sont “repentis” et auxquels notre police n’a rien à reprocher. Il y a aussi une trentaine d’Italiens qui sont dangereux mais ce sont des clandestins. Il faut donc d’abord les retrouver. Ensuite ils ne seront extradés que s’il est démontré qu’ils ont commis des crimes de sang. Si les juges italiens nous envoient des dossiers sérieux prouvant qu’il y a eu crime de sang, et si la justice française donne un avis positif, alors nous accepterons l’extradition.(...) Nous sommes prêts à extrader ou à expulser à l’avenir les vrais criminels sur la base des dossiers sérieux. » (compte-rendu d'un déjeuner de travail avec Bettino Craxi, 1985)

Pourtant, Sergio Tornaghi, membre de la colonne Walter Alasia, condamné par contumace à la perpétuité pour « participation à bande armée » et « assassinat » et arrêté en France en 1998, a obtenu gain de cause devant la cour d'appel de Bordeaux. Celle-ci avait refusé l'extradition en raison de la procédure italienne qui ne permet pas à un condamné par contumace d'être à nouveau jugé en cas de retour, comme le prévoit la Cour européenne des Droits de l'Homme.

Une nouvelle génération de terroristes

Dans les années 1980, alors que la plupart des « brigadistes » de la première heure ont abandonné la lutte, une nouvelle génération continue de commettre sporadiquement des actions violentes. Suite au démantelement de cette nouvelle bande, les BR connaissent une période de sommeil avant de reprendre leurs actions à la fin des années 1990. Le 1er juin 2005, cinq membres des « Nouvelles Brigades rouges », accusées d'avoir organisé l'assassinat du professeur Marco Biagi, un consultant du gouvernement, en mars 2002, sont condamnées à la perpétuité par la cour d'assises de Bologne. Les assassinats de Marco Biagi et de Massimo d'Antona, tué à Rome en 1999, avaient été revendiqués par les BR-PCC [2].

Le contexte : l'Italie des « Années de plomb »

Pour faire face aux divers attentats, imputables aux deux extrêmes du champ politique, qui marquent ces Années de plomb, l'Italie adopte des lois d'exception. La loi Reale du 22 mai 1975 autorise la police à perquisitionner et arrêter une personne sans mandat du juge d'instruction, sur seul soupçon. Puis le décret-loi Cossiga du 15 décembre 1979 qui allonge la détention préventive pour les délits de terrorisme et autorise les écoutes téléphoniques.

La loi Gozzini du 10 octobre 1986, puis la loi sur la « dissociation » du 18 février 1987 et les décrets-loi de 12 avril 1990 et du 22 décembre 1990 marqueront la fin de ces lois « spéciales », en réduisant la détention [3].

Composition

Les BR se composaient au mimimum d'une cinquantaine de cadres et de nombreux soutiens actifs et passifs. En 1981, 1523 terroristes proches ou membres des BR étaient détenus en Italie. Selon Le Monde diplomatique, les prisons italiennes comptent 4 000 détenus politiques en 1980. Selon Alberto Franceschini, après son arrestation en 1974 ainsi que celle de la plupart des membres du groupe d'origine, les premières Brigades ont laissé la place à un second groupe plus dur. Franceschini a affirmé que Mario Moretti, qui l'a remplacé à la tête des BR, était un agent du KGB, mais sans apporter de preuve décisive de cette affirmation.

Des thèses d'infiltration des Brigades rouges par certaines branches des services secrets italiens n'ont pas été confirmées à ce jour.

Bibliographie

Liens internes

Liens externes sur les brigades rouges et le terrorisme italien

Notes et références

  1. Polémique autour de l’extradition d’un «brigadiste» repenti sur le site de RFI
  2. Cinq membres des Nouvelles Brigades rouges condamnés à la perpétuité. Article dans Le Monde, le 01.06.05
  3. article dans Le Monde diplomatique

Catégories 


Histoire contemporaine de l'Italie | Organisation communiste | Groupe terroriste | Extrême gauche

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