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Commentaire biblique (Judaïsme)

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Sommaire

Introduction

Ainsi que le fait remarquer Martin Buber (encore que son opinion ne fasse pas autorité en la matière), lorsque l’on relate un fait, soit on le répète servilement, soit on le commente. Les prophètes, en voulant rappeler la Loi et les prescriptions contenues dans la Torah, en sont ipso facto les premiers commentateurs, ce qu’avait déjà compris le Talmud, en enseignant qu’on ne peut pas déduire de règle halakhique à partir des prophètes.

Toute traduction est une forme de commentaire. L’usage du Targum (traduction en Araméen) remonte à l’époque d’Ezra le Scribe (-450 EC). L’Hébreu a été supplanté chez beaucoup par l’Araméen, fût-il de Babylone ou de Syrie, de sorte que, lors de la lecture bihebdomadaire de la Torah prescrite par Ezra, qui s’effectue bien sûr en version originale, un individu se charge des sous-titres en simultané. Cet individu est nécessairement érudit, versé dans les deux langues et dans la sémantique, dont chaque mot, voire chaque lettre, est chargé, connaissant donc la Torah de façon approfondie. Cependant, au-delà de la parenté entre les idiomes sémantiques, il existe impérativement des différences dans le contenu idéique véhiculé, et toute traduction devient nécessairement interprétative. Comment rendre, par exemple, l’idée de tohu-bohu, ou distinguer entre la grandeur de l’homme, et la grandeur du Léviathan, comment rendre des mots n’ayant pas leur équivalent dans l’autre langage, et inversement, comment éviter des mots pouvant conduire à un dévoiement de l’idée originelle ? De même que la tradition orale s’élabora dans un premier temps en parallèle de la tradition écrite, de même le Midrash se développe-t-il sur l’ossature du Targum. Le traducteur est amené à expliquer les raisons de son choix de traduction, puis à élaborer sur ce choix, puis élaborer sur l’élaboration. Parallèlement, les Tannaïm développent le Midrash, à visée homilétique tout d’abord, l’auditoire étant plus sensible à l’application d’une prescription législative lorsque celle-ci est joliment emballée dans des aggadot, et exégétique ensuite. Celui-ci fut particulièrement prisé en Terre d’Israël, n’apparaissant pas dans le Talmud de Jérusalem, mais dans des recueils midrashiques, tels que le Midrash Rabba, le Midrash Tanhouma, les Pirke deRabbi Eliezer, tous ces ouvrages ayant été compilés entre 400 et 1000 EC.


Chronologie sommaire

Onkelos

Onkelos est un traducteur araméen de la Bible hébraïque au IIe siècle EC. Prosélyte, c'est-à-dire converti au Judaïsme, élève de Rabbi Yehoshoua et Rabbi Eliezer, les deux plus grands Sages de ce temps, sa traduction, composée en Terre d’Israël, devint rapidement le standard utilisé dans les synagogues babyloniennes au cours de l’ère d’élaboration et de rédaction du Talmud. Elle est imprimée en marge du texte dans quasiment toutes les éditions standard modernes. Rachi, Maïmonide, et bien d’autres, considèrent cette traduction indispensable à l’exégèse, car elle reflète particulièrement bien la compréhension que les Sages avaient des Ecritures à l’époque d’Onkelos. Beaucoup d’érudits modernes contestent la paternité du texte à Onkelos, pensant qu’elle lui fut attribuée dans le haut Moyen Âge sur base d’une confusion avec une (autre) traduction d’Onkelos le Prosélyte mentionnée dans le Talmud. Néanmoins ces mêmes critiques n’ont pu proposer d’autorité alternative au Targum.

Saadia Gaon

Rachi

Rabbenou Shlomo Yitzhaki, dit le Parshandata, le père du Commentaire, est un rabbin champenois né en 1040, et décédé en 1105. Il passa la plus grande partie de sa vie à Troyes, mais alla étudier dans les académies de Worms, Spire et Mayence. Vigneron de son état, Rachi a rédigé un commentaire sur la Bible hébraïque, et pratiquement tout le Talmud, achevé par son gendre et ses petits-fils. Son commentaire fait une si grande autorité en la matière que le Talmud serait considéré comme un livre scellé sans lui, et son commentaire biblique est imprimé en marge du texte dans quasiment toutes les éditions standard. Il fut en outre le premier texte hébraïque mis sous presse de l’histoire. En commentant le Tanakh et le Talmud, Rachi ne souhaite ni se lancer dans des discussions savantes, ni débattre de questions philosophiques ou théologiques ardues, mais seulement rendre, au sens restituer, à son peuple les moyens de comprendre ces textes écrits dans une langue trop antique, parlant de choses trop élevées, se basant des notions trop anciennes, et sur lesquels ils doivent pourtant se baser de façon indispensable pour continuer à perpétuer les traditions d’un peuple qui, s’il ne peut en aucun cas rajouter ni retrancher quoi que ce soit à la lettre, doit s’y conformer dans un monde en perpétuelle mutation.
Pour ce faire, il a retransmis les opinions des Anciens, des maîtres de la tradition prophétique, puis rabbinique, en recherchant la clarté de pensée, et la clarté de style, n’hésitant pas à recourir à la langue d’oïl (la langue vernaculaire de la France du Nord du XIe siècle) afin de simplifier encore plus l’explication proposée.
Il est important de noter que cette recherche de la concision, tant dans la forme que dans le fond de la formulation, est une valeur typiquement française, ce que ne manqueront pas de rappeler Emmanuel Levinas ou Léon Askénazi.On recense plus de 130 supercommentaires sur celui de Rachi. Beaucoup estiment même que tout commentaire biblique écrit après Rachi en est un supercommentaire à un certain degré.

Rabbenou Abraham ben Meir Ibn Ezra

Né vers 1090 à Tudèle, en Saragosse, décédé vers 1165 à Calahorra, poète, grammairien, traducteur, commentateur, philosophe, mathématicien, astronome, et médecin, fut l’un des plus éminents érudits de l’âge d’or espagnol.

Son commentaire biblique est principalement basé sur l’examen minutieux de la grammaire et la philologie hébraïques, ainsi que sur les réalités de la vie à l’époque biblique. Il émet plusieurs théories sur les différents sens que peut revêtir un terme (non exclusifs les uns des autres), avec la question sous-jacente de savoir dans quelle mesure il est possible de s'éloigner du sens littéral. A ses yeux, seules les expessions contenant des anthropomorphismes pour décrire le divin sont à prendre au sens second.

A noter qu'Abraham ibn Ezra distingue l'exégèse non-littérale de l'exégèse allégorique.En effet, l'interprétation allégorique de la Bible est typique du Christianisme (pour lesquels la compréhension littérale, notamment du chapitre 18 du Deutéronome est inacceptable, puisqu'elle condamne Jésus). Néanmoins, si sens littéral et non-littéral peuvent co-exister, être "tous deux authentiques, et si l'un ressemble au corps, l'autre ressemble à l'esprit", le sens premier est obligatoire, et le sens second s'y subordonne.

De nombreuses considérations philosophiques émaillent son propos. Très influencé par la philosophie, le Néoplatonisme en particulier (les passages où il traite de l'âme, surtout de l'âme rationnelle, font immanquablement penser au Fons Vitae d'Ibn Gvirol), Ibn Ezra ne voit aucun conflit entre science et religion, étant donné que, selon lui, science et astronomie sont la base des études Juives. Il est partisan d’un rationalisme forcené, voyant par exemple dans les cieux et la terre du premier verset de la Genèse, le ciel et la terre ferme, ce qui est bien sûr en contradiction avec tous les autres commentateurs.

Citant souvent Juda Halevi, il représente néanmoins le point de vue opposé, encore que certaines idées, notamment celle du Dieu libérateur ayant fait irruption dans l'Histoire, nullement soumis à aucun déterminisme, n'ait manqué de le marquer.

Comme Maïmonide après lui, Ibn Ezra s'exprime rarement de façon claire, semblant réserver son commentaire à une certaine élite. Son style est laconique à l’extrême, au point d’en devenir énigmatique, nécessitant des supercommentaires dont le plus répandu est celui de Rabbenou Shlomo haCohen, intitulé Avi Ezer.

Se faisant défenseur du judaïsme rabbanite contre la dissidence karaïte, il s’appuie également fortement sur les enseignements de Saadia Gaon, dont l’œuvre est toute entière vouée à cette lutte.

Sa méthode

Dans l'introduction aux deux versions de son commentaire biblique, Abraham ibn Ezra retrace l'histoire de l'exégèse biblique, du Talmud jusqu'à nos jours. A deux reprises, il distingue quatre méthodes d'exégèes, plus la sienne propre

Ayant exposé ces quatre formes, ibn Ezra fait part de la sienne : elle est basée sur une bonne connaissance de l'Hébreu (ce qui exclut encore une fois l'exégèse chrétienne qui se pratique sur des traductions et non l'"original".) En effet, l'Hébreu est le lashon haqodesh, la langue sainte, remontant au premier hommeSource : "Maïmonide ou l'autre Moïse" de Maurice-Ruben Hayoun, collection Agora, Editions Pocket, ISBN 2-266-13945-2"

Yeshayahou Leibowitz

Yeshayahou Leibowitz, chimiste, philosophe et écrivain israélien, est l’un des intellectuels les plus marquants de la société israélienne, et l'une de ses personnalités les plus controversées.

Sa perception du Judaïsme était centrée sur la Halakha, et il estimait l’observance obligatoire des commandements comme une finalité en soi, et non un moyen d’enrichissement personnel ou social. Le Pr. Leibowitz soutenait qu’il était nécessaire de rafraîchir les délibérations halakhiques, afin de faire face aux nouvelles contraintes et défis du nouveau monde, dont les situations perpétuellement changeantes.

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