Exégèse
L'exégèse (exégesis en grec : « mener hors de ») est une étude approfondie et critique de n'importe quel texte, particulièrement d'une écriture sainte, telle la Bible, l' Ancien et le Nouveau Testament, le Talmud, le Midrash, le Coran, etc. Un exégète est une personne qualifiée pour ce type de travail.
L'exégèse signifie pour entrer dans le sens, l'herméneutique d'un texte donné. Il s'oppose à l'eisegèse, qui signifie lire pour sa propre interprétation un texte donné. En général, l'exégèse suppose une tentative de regarder le texte de façon objective, alors que l'eiségèse consiste en une lecture plus subjective.
Les exégèses les plus connues sont celles des livres chrétiens, juifs et musulmans. Bien entendu, des analyses sont pratiquées sur les livres d'autres religions.
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Christianisme
Dans le christianisme, l'exégèse traditionnelle se retrouve dans la patristique et fonctionne selon la méthode scolastique.Voir Revue Thomiste.
L'exégèse s'attache à l'étude critique des textes bibliques, en revenant à la source (texte en hébreu ou en grec ancien). Les méthodes de traduction, la syntaxe et la grammaire jouent donc un rôle important. On peut noter à ce sujet que certaines traductions de la Bible en français dans l'Histoire ont pu entraîner des altérations de langage (voir logique de Port-Royal).
Parmi les centres catholiques de l'exégèse biblique, le plus remarquable est probablement l'École biblique et archéologique française de Jérusalem fondée autour de 1873 avec Marie-Joseph Lagrange o.p. avec beaucoup de difficultés menant à la crise moderniste.
Le pape Léon XIII a publié une encyclique sur l'étude des textes bibliques, Providentissimus deus (1893).
Dans le contexte de crise moderniste, l'école biblique et archéologique française de Jérusalem dut arrêter ses activités autour du Nouveau Testament et se cantonner à l'Ancien. Cette activité reprendra après Vatican II - et le Collegium Biblicum de Rome qui fonctionne d'une manière plus canonique.
Depuis plus de 100 ans, l'exégèse se développe aussi dans les universités protestantes allemandes telles queTübingen et aux États-Unis, dans les Divinity School (Chicago, Harvard et Yale sont devenues célèbres). De même les Universités de Genève et Lausanne ont acquis une notoriété certaine.
Aujourd'hui, l'exégèse biblique est un domaine où protestants et catholiques travaillent ensemble, et où les lignes de rupture ne sont plus confessionnelles.
De nos jours, beaucoup d'universités laïques telles que l'EPHE (École Pratique des Hautes Études, France) sont impliquées dans l'exégèse biblique, l'histoire de la constitution de la Septante ou de la Bible hébraïque.
Judaïsme
Exégèse traditionnelle
Des formes juives traditionnelles d'exégèse se trouvent dans la littérature du Midrash. Des commentateurs rabbiniques, sont connus comme meforshim (commentateurs en hébreu).
Le Midrash expose l'exégèse traditionnelle du Pentateuque ; les paragraphes liés à la loi, sont également objet d'analyse. La Halakha est une exégèse de la loi écrite. La Haggadah est une exégèse des parties du Pentateuque non liée à la loi, tenant au récit.
Le Mikra est l'étude exégétique des prophètes et de l'hagiographies. La Masorah se rapproche de la critique textuelle quoique s'intéressant exclusivement à la syntaxe et à la quelité de la copie. Le Talmud, commentaire par excellence, d'études exégétiques et un recueil de jurisprudence traditionnels. Il fait également l'objet d'études et d'analyses.
Exégèse historico-critique
L'exégèse juive ne s'arrête pas avec la rédaction du Talmud, mais continue pendant le Moyen Âge et la Renaissance.
Lire
- Le Pentateuque, Débats et recherches, sous la direction de Jean-Louis Ska s.j., XIVe Congrès de l'ACFEB, Angers (1991) publié sous la direction de Pierre Haudebert, CERF
Concernant le Talmud
- Rabbi Akiba's Crowns: Postmodern Discourse and the Cost of Rabbinic Reading, Daniel Boyarin, recension dans Judaism, Septembre 2000
Voir aussi :
- Journal of Hebrew Scriptures
- IOUDAIOS-L, concerne la littérature juive du Ier siècle
- Rivkin and Neusner on the Pharisees, [en] article en téléchargement
- Baruch Halpern The Baal (and the Asherah?) in Seventh-Century Judah(and the Asherah?) in Seventh-Century Judah. [en] article en téléchargement
Islam
L'exégèse du Coran est couramment faite à partir du Coran lui-même et des hadiths du prophète Muhammad. L'exégèse du Coran est souvent vue comme la lecture officielle, exotérique, du Coran et tranche, en ce sens, avec les exégèses ésotériques que l'on peut voir dans d'autres religions.
La plupart des écoles coraniques proposent un travail basé sur une ou plusieurs exégèses du Coran, faites par des immams reconnus ou des juristes islamiques. La plupart des différentes sensibilités musulmanes (cf. islam) ont des exégèses pouvant varier sensiblement (par exemple à propos de la filiation explicite au prophète). Les lectures ésotériques du Coran ne sont pas appellées exégèses (cf. soufisme, par exemple).
Les diverses phases de l'exégèse
Critique textuelle
La critique textuelle est une branche de la philologie qui examine les copies existantes des manuscrits d'une œuvre littéraire antique ou médiévale pour produire un texte qui est aussi étroitement que possible proche de l'original. L'original s'appelle l'autographe. Elle nécessite des compétences affirmées en langues anciennes, en paléographie et en épigraphie.
Avant l'invention de l'imprimerie, les œuvres littéraires étaient copiées à la main. À chaque copie d'un manuscrit, des erreurs pouvaient être introduites par le scribe humain. La difficulté dans la critique textuelle vient de la difficulté à distinguer pour chaque leçon (lecture différente) la variante de l'originale voire de la fautive.
La tâche du critique textuel consiste donc à répertorier les variantes et à établir un texte critique tel qu'il représente l'original en expliquant au mieux l'état de tous les témoins existants.
Critique textuelle du Nouveau Testament
Pour des raisons de cohérence inter-wiki, la méthodologie de critique textuelle est décrite dans un article à part. Le Nouveau Testament s'est transmis en de nombreux manuscrits (environ 5.000 grecs et 10.000 latins), plus que n'importe quel autre œuvre antique. Le nombre énorme de témoins présente des difficultés uniques, principalement en rendant la stemmatique impraticable quoique l'informatique commence d'offrir des solutions. En conséquence, les critiques textuels du Nouveau Testament ont adopté l'éclectisme après avoir recollé des témoins dans trois groupes principaux, les texte-types.
- Le texte-type Alexandrin constitue un groupe primitif dont les textes sont bien considérés ; parmi ces textes, le Codex Vaticanus et le Codex Sinaïticus.
- Le texte-type Occidental est également très ancien, mais ses témoins sont plus enclins à la paraphrase et à d'autres corruptions.
- Le texte-type Byzantin forme la grande majorité des manuscrits, particulièrement après le Ve siècle .
Après Westcott et Hort, les critiques textuels du Nouveau Testament ont conclu que le texte-type Byzantin est tardif, basé sur l'Alexandrin et les textes-types occidentaux. Parmi les autres types, l'Alexandrin est considéré plus pur que l'Occidental. Ainsi la pratique de la critique textuelle du nouveau testament doit suivre la lecture des textes alexandrins à moins que ceux de l'Occidental soient nettement supérieures. Cependant, les témoins les plus anciens du Nouveau Testament sont des copies écrites 200 ans après l'original.
Voir aussi : Johann Jakob Griesbach
Critique de sources
En fonction des motifs du récit, la critique de sources détermine les emprunts divers à des littératures voisines. Elle détermine le milieu de production du texte qui est souvent celui du ou des auteurs.
===Critique de forme (Formgeschichte)===La critique de forme est un Untermethode des critiques méthode de l'exégèse de Bible. La critique de forme examine le texte biblique en regard de sa catégorie de texte.
Par exemple, pour un texte à contenu historique mettant en jeu deux peuples, elle regarde ce que disent les chroniques des autres peuples concernant le même évènement. Par exemple, le massacre des Innocents est rapporté par l'un des synoptiques mais pas documenté dans les chroniques romaines qui n'auraient pas supporté de tels agissements de la part d'un de leurs sujets fut-il roi, sans rapporter le massacre et destituer le roi pour prendre le pays en administration directe. On doit donc porter un autre regard sur ce récit et le rapprocher d'un autre massacre d'enfants rapporté dans l'Ancien Testament, celui des nouveaux-nés mâles des fils d'Israël par Pharaon (Exode 1,16). On comprend alors le regard porté par le rédacteur sur le souverain reignant en Syrie-Palestine au tournant du premier siècle. On comprend aussi que le nouveau-né qu'on voulait atteindre par ce supposé massacre doit être considéré comme un nouveau Moïse.
Voir Rudolf Bultmann
Exégèse littéraire
Elle considère le texte tel qu'il nous est parvenu et tâche d'en dégager l'herméneutique. La plupart du temps, elle mène à l'exégèse canonique mais Raymond E. Brown (décédé en 1997) dans un ouvrage posthume Croire en la Bible à l'heure de l'exégèse développe un point de vue plus original. Il ferraille contre l'objection traditionnelle que la théologie, l'exégèse, ça sert rien qu'à perdre la foi. Les biblistes mettraient-ils la foi en péril ? Sont-ils quelque part des ennemis de l'Église Catholique Romaine ou de toute église établie ? L'auteur entend répondre à un certain nombre de soupçons émis par les fondamentalistes chrétiens de tous bord.
En lien avec la constitution Dei Verbum, R. E.Brown développe sa réflexion en insistant sur le travail des auteurs humains des Écritures, et sur le sens que pouvaient prendre pour eux ces textes, sens parfois différent de celui que lui attribue un lecteur contemporain. Selon lui, « il n'est pas mauvais que s'établisse une relation de tension entre ce que voulait dire l'Écriture pour ses auteurs et ce qu'elle en est venue à vouloir dire aujourd'hui dans l'Église » (entendre catholique romaine).
Voir aussi
- Cosmologie religieuse, sur la réécriture du psaume 93 (92) (Dieu de majesté)
- Quêtes du Jésus historique
- Évangile, Bible hébraïque,
- Critique radicale, Apocryphe
- Hérésie, apostasie
- Crise moderniste, libéralisme théologique
- Catholiques réformateurs
- Marie-Joseph Lagrange, Raymond E. Brown, Eugen Drewermann, Johann Jakob Griesbach, Jean Bottéro
Lire aussi
Bible
- L'Interprétation de la Bible dans l'Église, Commission Biblique Pontificale, avril 1993
- Le genre « évangile » en fonction des effets produits par la mise en intrigue de Jésus - Laval théologique et philosophique - volume 58, numéro 2, juin 2002 - La théologie dans le champ littéraire
- Biblik - Site francophone d'exégèse biblique
- Daniel Marguerat,
- L'Évangile exploré (contribution), CERF
- Les Paraboles évangéliques (collaboration) CERF
- Introduction au Nouveau Testament (direction), Genève : Labor et Fides, 2000.
- Hans Conzelmann et Andreas Lindemann, Guide pour l'étude du Nouveau Testament, Labor et Fides
- Raymond E. Brown, Que sait-on du nouveau Testament ?, Bayard
- François Laplanche, La crise de l'origine. La science catholique des Evangiles et l'histoire au XXe Siècle, Albin Michel, 718 p. 2006.
- Gilbert Dahan, L'exégèse chrétienne de la Bible en Occident médiéval, XIIe-XIVe siècle, Paris, Cerf, 1999.
Coran
- Youssef Seddik, Le Coran, autre lecture, autre traduction, éditions Barzach/de l'Aube (co-édition), 2002 recension
- le Manuscrit de Sanaa, un proto-Coran.
- Le Coran, l'orthographe et le savant, une vision historico-critique du Coran.
Catégorie
Théologie
