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Histoire des langues régionales de la France

La langue officielle et largement dominante de la France est le français. Cependant, la France est le deuxième pays d’Europe occidentale par le nombre de langues régionales sur son territoire, parlées par plus de six millions six cent mille Français. Les plus connues sont l’occitan, l’alsacien, le breton, le corse, le catalan, le basque et le flamand, mais selon Bernard Cerquilini il y a soixante-dix-sept langues régionales en France dont vingt-quatre se parlent dans l’Hexagone lui-même.


Sommaire

Définition

Bernard Cerquilini définit une langue régionale comme une langue « pratiquée traditionnellement sur le territoire d'un État par les ressortissants de cet État qui constituent un groupe minoritaire et différente de la langue officielle de cet État », et qui est aussi différente des langues des immigrés, comme l’arabe. Pour certains, il y a une grande différence entre une langue régionale et une langue d’immigrés, mais pour d’autres les deux peuvent contribuer à affaiblir l’unité de la France et doivent donc être interdites, ou du moins ne pas être encouragées par le gouvernement.

Il y a beaucoup de langues régionales et on peut les classer selon différents critères, par exemple les régions où elles sont pratiquées, mais il est un peu plus facile de les classer par leurs origines. Les langues régionales romanes sont le catalan (qui se parle dans le Roussillon, près de la frontière espagnole), le corse (qui se parle dans l'île de Corse), et l’occitan (qui se parle dans le sud de la France). Dans le nord-ouest de la France, on trouve le breton, d’origine celtique. Les langues germaniques sont le flamand (qui se parle en Flandre dans le Nord) et l’alsacien (qui se parle en Alsace dans l’Est de la France). Le basque est une langue unique qui se trouve dans le l'extrême Sud-Ouest de la France. Les autres langues régionales sont des dialectes secondaires

Histoire des langues régionales en France

Epoque romaine

Depuis l'époque de la Gaule, les langues de la France ont évolué et se sont modifiées, sous différentes influences. Quand les Romains sont arrivés en France au début du premier siècle avant Jésus-Christ, ils y ont trouvé les Gaulois, un groupe celtique. Les Romains ont occupé toute la France et ont introduit la langue latine. Cette langue s'est combinée avec les langues indigènes.
Au Ve siècle des mots germaniques s’ajoutent au bas-latin parlé par les autochtones, suite à l’invasion des Francs sur l'ensemble du territoire de la Gaule. Ce mélange de langues, qu'on appelle le roman, devient la langue principale de la région.
A l’époque féodale, « le roman s’est morcellé en dialectes selon les provinces : on parlait francien en Ile-de-France, normand en Normandie… ». Chaque province, chaque région avait sa langue. Il n'y avait donc pas de "langue française", mais bien des langues françaises. Avec la nécessité de trouver un interprète pour, par exemple, transmettre les ordre du roi, ou pour la moindre transaction commerciale.

Epoque romane

Au début du Moyen Age, on pouvait distinguer deux genres de langues en France : la langue du roi d'une part, et toutes les autres langues d'autre part. Les langues régionales sont utilisées par tous, dans la vie de ce jour, chez soi, au marché, dans la rue, là où on habite et travaille, mais pas par le roi, sa cour et l'élite du pays. Pour les gens ordinaires, leur langue, leur patois (comme les élites les ont appelés) était la seule langue qui pouvait décrire le monde réel, et peut être le monde de Dieu, si leur curé donnait ses prêches dans la langue locale et pas en latin. Mais pour les élites, seule la langue du roi comptait, la langue francienne (d'Ile-de-France). Pour être en faveur avec le roi, les nobles et les élites se devaient de parler francien, non seulement parce que c’était la langue du roi, mais aussi parce que c'était la langue la plus usitée pour la diplomatie. Jusqu’au XIIIe siècle, l'usage du "francien" ou d'un patois servait de distinction entre classes sociales. Y compris en ce qui concerne la langue d'Oc dont l'usage était très répandu au sud de la Loire, mais qui n'avait pas le prestige littéraire du "francien". C'est au XVe siècle que de "francien" on est peu à peu passé à français.

L'Ordonnance de Villers-Cotterêts

Cette distinction entre français et patois apparait très clairement dans l’Ordonnance de Villers-Cotterêts qui, en 1539, a déclaré que le français serait la langue du royaume, la langue nationale. La justification de cette Ordonnance est à chercher dans les années précédant son édiction : plusieurs provinces ayant été rattachées à la France, comme la Marche en 1527, l’Angoumois (région d'Angoulême) en 1515, et la Bretagne en 1532, suite aux Guerres de religion, chaque province avait sa propre langue, qui s'ajoutait à toutes celles déjà parlées en France.
D'ailleurs, en 1533, un humaniste picard du nom de Charles de Bovelles (1479-1553) — un disciple de Jacques Lefèvre d'Étaples (1450-1536), l'un des pères de la Réforme française et l’un des plus grands philologues de la Renaissance — écrivait : "… Des différentes langues vulgaires et variétés de discours utilisés dans les Gaules …". Et il évoquait notamment les « peuples étrangers » que sont les Burgondes, les Francs, les Bretons, les Flamands, les Normands, les Basques et les Germains cisrhénans. Son inventaire des langues d'Oïl comprenait « les Lorrains, les Bourguignons, les Poitevins, une partie des Belges comme les habitants d'Amiens et de Péronne, les habitants de Saint-Quentin, de Laon et les Esses, les Parisiens, ceux du Hainaut ». Bref, l'auteur soulignait la très grande diversité linguistique dans la France de son époque.
Cependant, l’Ordonnance de Villers-Cotterêts ne visait pas à l'éviction des patois, mais bien à celle du latin que l’Église tentait d'imposer. Un auteur comme Du Bellay (qui a écrit Deffence et illustration de la langue françoise), souhaitait que " le génie français remplace l’italien et le latin ". Et selon Georges Duby, l’auteur de l'Histoire de La France, des origines à nos jours, « L’ordonnance de Villers-Cotterêts favorise une centralisation qui s’insinue progressivement dans le royaume ».
Par cette ordonnance, le roi de France renforçe son pouvoir en établissant une langue nationale pour la première fois en France, et confirme en cela le français comme langue de l'élite.

Le XVIIe siècle

Albert Dauzat (1877-1945), un spécialiste du parler rural, a inventorié 636 langues régionales ou patois, parlés au XVIIe siècle. " ... à la même époque, le français était davantage parlé en Nouvelle-France, en Angleterre, aux Pays-Bas et à Moscou qu'en France même. " : cette citation démontre le dualisme linguistique scindant la France en "élite parlant français" et le reste de la population ne le parlant pas. C'est en partie à cause de cela que Richelieu a créé l’Académie française en 1635. Cette académie a publié son dictionnaire pour la première fois en 1694 et donc a fixé la définition de chaque mot français, et établi les "classes de langues". Les « honnêtes hommes » n'employaient pas les mots de classes moins élevées. Mais le peuple, qui parlait en patois, ignorait les lois et les règles, parce qu’à cette époque les Français, pour la plupart, étaient analphabètes. Pour l’essentiel, l'enseignement demeurait celui de la religion, et ne se faisait qu'en patois, voire même parfois en latin. Par ailleurs, les nouvelles provinces annexées au royaume furent même dispensées d'appliquer l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Ainsi, les lois du Grand Siècle, ignorant les patois, purent renforcer, le pouvoir du roi sur le royaume, et celui de la France en Europe.

La Révolution

Tout cela changea à l’époque de la Révolution, qui a déclaré une guerre contre les patois Bertrand Barère (1755-1841), membre du Comité de salut public, a dit « La monarchie avait des raisons de ressembler à la tour de Babel ; dans la démocratie, laisser les citoyens ignorants de la langue nationale… Chez un peuple libre, la langue doit être une et la même pour tous » . C’est-à-dire, la monarchie pouvait garder son pouvoir si le peuple ne pouvait pas se comprendre, le nouveau gouvernement permettait au peuple d’avoir du pouvoir par les faits parle en leur rendrait une langue commune, la langue nationale. Le décret du 2 Thermidor (20 juillet 1794) sanctionna la terreur linguistique et le décret du 30 Vendémiaire an II (17 novembre 1794) a déclaré « Dans toutes les parties de la République, l'instruction ne se fait qu'en langue française ». En plus, donner du pouvoir au peuple, en interdisant de patois, le gouvernement pouvait réprimer plusieurs révoltes et les gens qui étaient en faveur de la monarchie. Pour ces raisons, le gouvernement de la Révolution a interdit les langues régionales. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale les patois étaient interdits dans les écoles et les médias publics.

Le XXe siècle

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, quatre lois sont importantes au jujet des langues régionales : la loi Deixonne de 1951, la loi Haby de 1975, la loi Bas-Lauriol de 1975 et la loi Toubon de 1994. La loi Deixonne a permis l’enseignement de quatre langues régionales, le breton, le catalan, la langue d’oc, et le basque, dans les écoles secondaires, mais le but primaire de cette loi était de « défendre la langue française ». Cette loi est abrogée aujourd’hui. En 1975, la loi Haby a déclaré « Un enseignement des langues et des cultures régionales peut être dispensé tout au long de la scolarité », c’est-à-dire, tout les langues minoritaires pouvaient s’enseigner dans les écoles. La loi Bas-Lauriol a voulu protéger la langue française de mots étrangers, surtout anglais. Selon cette loi, « le français est obligatoire dans l'affichage public et la publicité commerciale, écrite et parlée ». Cependant, la loi Toubon l'a abrogée en 1994 bien qu'elle veuille aussi protéger la langue française. « Les dispositions de la présente loi s'appliquent sans préjudice de la législation et de la réglementation relatives aux langues régionales de France et ne s'opposent pas à leur usage ». Ces quatre lois linguistiques espèrent protéger la culture française, mais elles se disputent sur la manière de le faire.

Les langues régionales, bénéfiques ou menaçantes ?

Les langues régionales sont-elles bénéfiques pour la France ou nuisibles pour son avenir ? Telle est la question soulevée par leur histoire. À présent, il y a un débat entre ceux qui pensent que les langues régionales définissent ce qu'est un Français et d’autres, d’accord avec le gouvernement de la Révolution, que les langues régionales sont dangereuses pour l’unité de la France.Pour ceux qui ont peur des langues régionales, la crainte la plus sérieuse est que les langues régionales risquent d'ouvrir la voie à des influences étrangères en France, et par là, mettre en danger l'unité du pays. On peut le voir dans la définition de Bernard Cerquiglini, Directeur de l'Institut national de la langue française (CNRS), dans son ouvrage, Les langues de la France : rapport au ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, et à la ministre de la Culture et de la Communication (Avril 1999) : « par l'expression "langues régionales ou minoritaires", on entend les langues : pratiquées traditionnellement sur un territoire d'un État par les ressortissants de cet État qui constituent un groupe numériquement inférieur au reste de la population de l'État ; et ii. différentes de la (les) langue(s) officielle(s) de cet État ; elles n'incluent ni les dialectes de la (les) langue(s) officielle(s) de l'État ni les langues des migrants. »

Son texte fait la distinction entre une langue régionale, comme le breton, et une langue migrante, comme l’arabe. On ne fait pas une distinction si on ne pense pas qu’on en a besoin ; c’est seulement si on a peur de quelque chose qu’on la fait, comme Cerquiglini a fait une différence entre les deux. Il raisonne comme ceux qui veulent faire de l’anglais la langue officielle des États-Unis ; ils ont peur que l’espagnol, et la culture qui l’accompagne, change leur culture et, pire encore, la politique des États-Unis ; en effet, ils ont peur que les États-Unis se transforment en un nouveau Mexique. Il en est de même en France, sauf que le pays est différent. Après la seconde Guerre Mondiale, la peur a été l'Allemagne, et alors on a interdit d’enseigner l’allemand dans les écoles françaises. Aujourd’hui, ce n’est pas l’Allemagne, mais les gens qui veulent leur indépendance de la France, comme des Corses, des Bretons et des Basques. Comme exemple qui renforce cette peur, on peut parler des partisans de l’indépendance de la Corse qui « ont lancé une campagne d'attentats et d'assassinats pour tenter de forcer le gouvernement de leur donner l'indépendance. En outre, certains de ces groupes sont connus pour pratiquer l'extorsion, à l'instar de la mafia”. Comme le gouvernement de la Révolution, ces gens croient que l’utilisation d’une langue autre que le français aiderait ceux qui s'opposent au gouvernement.

Cependant, pas tout le monde qui ne sont pas en faveur des langues régionales sont en accord avec ceux qui en ont peur ; certaines pensent que les langues régionales ne sont plus utiles ou importantes. Ils considèrent que l'avenir des jeunes serait mieux assuré par la promotion du français — « une langue à vocation universelle » — et par l'apprentissage des langues étrangères que par le « repli sur des idiomes respectables mais pratiqués dans un espace restreint ». Pourquoi apprendre une langue qui ne t’aide pas sauf un petit espace quand le monde est de plus en plus imbriqué à cause de la mondialisation ; on doit apprendre une langue étrangère, comme l’espagnol ou l’anglais, pour aider sur le plan économique. Pour d'autres, la question des langues régionales n’est pas importante. « Les aborigènes vont pouvoir parler leur patois, pardon, leur langue, sans se faire rire au nez. Et peut-être même garder leur accent, c'est-à-dire leur béret et leurs sabots » (dans le journal satirique parisien Charlie Hebdo, on trouve ce mot signé par l’Oncle Bernard dans un article intitulé « À bas tous les patois »). Ces gens pensent qu’il y a d'autres questions plus importantes que pouvoir apprendre leur langue dans les écoles ou les entendre à la radio.

Néanmoins, certains réfutent les arguments de ceux qui considèrent les langues régionales comme dangereuses ou pas importantes. Pour contrer les arguments selon lesquels les langues régionales mettraient en danger l'unité de la France, ils répliquent que le français est la langue nationale depuis Louis XIV et subséquemment il est très établi en France ; il n’y a pas de raison d’avoir peur que d'autres langues risquent de le remplacer en France. La plupart des gens qui parlent patois parlent aussi français. En outre, toutes les langues de la France sont étrangères, le français lui-même. « Une conception qui s’oppose aux principes républicains français, pour lesquels les langues régionales corse ou basque ne sont pas la propriété de la région corse ou basque mais de la nation ». Comment une langue qui était parlée sur le territoire depuis longtemps ne serait pas une langue de la France, comme le breton, qui se parle depuis les Gaulois, bien avant le français ? C'est seulement par hasard que le roi a choisi le français comme langue nationale et pas une autre. À cela s’ajoute l’opinion qu'« il faut aider les langues menacées d’extinction… [parce que] la disparition d’une langue est une perte pour tout l’espace ; c’est celle d’une des facettes du visage de l’humanité, d’un des témoignages de sa mémoire ». Pour les gens qui aiment l’histoire et les cultures, comme les anthropologistes, la perte d’une langue est un mal, pour leur société et pour ceux qui les étudient. La langue est personnelle et intime, et alors elle donne aux gens qui l’utilisent un moyen de se montrer au monde. Pour ceux, les langues régionales vont montrer l’histoire et la culture de ceux qui utilisent plus que le français peut, et alors on doit les apprendre et les parler.

Vouloir garder la culture des gens de la France n’est pas motivé seulement par le fait que les gens veulent leur langues régionales, c’est aussi pour l’influence internationale. La France est un pays pluraliste et elle comme les autres pays du monde « ne la perçoivent pas comme un pays linguistiquement homogène, mais plutôt comme une union de communautés et de peuples différents. » Alors, selon ceux qui y donnent leur support, les langues régionales sont dans leur identité et on doit les apprendre et les parler pour la renaissance de la culture française. Cette célébration des langues régionales peut, peut-être, renforcer l’influence de la France. « La France est aujourd'hui plus démocratique, plus riche et plus pacifique qu'elle ne l'a jamais été au cours de son histoire. Son rôle serait accentué si elle donnait le ton en ce qui a trait aux droits des minorités ». Ces gens veulent que la France ait une influence très importante, très grande dans le monde, et voient la législation linguistique en faveur des langues régionales comme une méthode pour y parvenir. Ce n’est pas le sentiment ni le désir qui incite ces gens, mais la nécessité d’élever le pouvoir de la France.

Bibliographie

Voir aussi

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