Juif
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Cet article traite des Juifs en tant que peuple. Pour la culture et la religion juive, veuillez vous référer à l'article Judaïsme.
Pour la ville française, veuillez vous référer à l'article Juif (Saône-et-Loire)
Le mot « Juif », Yehoudi en hébreu, est formé sur celui du patriarche Juda, qui a donné son nom à la Tribu de Juda, puis au Royaume de Juda, à la Judée et au judaïsme.
Ils se répartissent entre Israël et de nombreux pays (diaspora) et plus particulièrement deux régions du monde, berceaux des cultures juives :
- l'Europe centrale et orientale de l'Alsace à l'Ukraine ainsi que les États-Unis. Les Ashkénazes ne sont désormais que très peu en Europe de l'Est, immigrés pour la plupart en Israël, aux États-Unis et en Europe occidentale suite aux pogroms et à la Shoah.
- les pays d'Afrique du Nord et du Moyen Orient (Israël non inclus). De moins en moins de ces Juifs séfarades (descendants des Juifs d'Espagne/Portugal) ou Mizrahim (Juifs orientaux et d'Afrique du Nord ne descendant pas des Juifs de la péninsule ibérique) y vivent.
Sommaire |
Définitions de « Juif »
« Juda », « judaïsme », « judaïcité », « judéité », « ascendance juive » ? Jusqu'au XVIIIe siècle environ, ces nuances n'existaient pas, l'identité du Juif (en hébreu, le Yehoudi יהודי) se définissait principalement par son adhésion au judaïsme, et c'est toujours le cas dans certaines populations, au Yémen par exemple.
Le judaïsme était donc initialement la culture d'une nation, qui maintint cette culture lorsqu'elle fut dispersée, alors que les autres peuples se fondaient dans les nations conquérantes. Les membres de cette nation se dispersèrent dans le monde tout en continuant à se considérer comme membres d'une nation éclatée. C'est ainsi que cette culture prit le statut de religion.
Néanmoins, ainsi qu'il a été dit, les choses changèrent, et ce lien, autrefois unique et sans équivoque, s'est diversifié. Une identité juive laïque s'est développée. Juive par un sentiment d'appartenance à une communauté, au moins dans le destin : le malheur, ou la joie, concernaient tout le monde, sans distinction de statut ou de profession. Laïque par ses centres d'intérêt, et son détachement de la religion. Pourtant, celle-ci revient, parfois là où l'on s'y attend le moins.
Finalement, le mot « Juif » ne véhicule plus une seule notion, mais quatre :
- Juif, relevant du judaïsme
Le judaïsme est, ainsi qu'on l'a dit, l'ensemble des lois, traditions, coutumes et croyances observées dans le royaume de Judée.« Notre Nation n’est nation qu’au travers de ses lois » Rabbenou Saadia Gaon (Emounot VeDeot 3,7).
- Juif, relevant de la judaïcité, c'est-à-dire du degré d'attachement au judaïsme.
Le Juif par rapport au judaïsme, selon qu'il le considère comme un mode de vie spécifique, à respecter avec un zèle religieux, ou au contraire, une religion éculée n'ayant plus sa place dans le monde moderne. « Juif pratiquant », « Juif observant », « Juif agnostique », autant d'épithètes pour qualifier sa judaïcité.
« Je ne suis pas un bon Juif, mais je suis un gentil Juif » Joann Sfar (Le Borgne gauchet au centre de la terre).
- Juif, en tant que membre, ou non, d'un groupe culturel.
Être un peuple, possédant, outre sa culture religieuse, sa culture musicale, culinaire, humoristique, ses manies,... Être Juif, comme d'autres sont Italiens, Grecs, etc. Surtout à New York. Il s'agit là de la judaïté ou judéité.
Les termes dans lesquels la question de la judéité se pose se trouvent typiquement dans les réflexions de Heine.« Jews are like everyone, only a little more », Mark Twain.
- Juif, d'ascendance juive : « Est Juif celui que les autres désignent comme Juif » dit Jean-Paul Sartre. Ce qualificatif n'est rien d'autre qu'une « étiquette », qui ne s'embarrasse ni de la croyance, ni du vécu de la personne par rapport au judaïsme. C'est en vertu de son ascendance que Karl Marx est compté au nombre des Juifs, alors que sa famille s'était convertie au protestantisme et que lui-même était athée. C'est également sur cette base que se développa le tristement célèbre délire nazi de « sang juif » et « race juive », avec les dérives que l'on sait.
Juif de sang ?
Il est vrai que les Juifs ayant plus souvent contracté, dans le passé, des unions entre eux qu'avec les populations non-juives, certains marqueurs génétiques se retrouvent plus souvent dans la population juive, comme l'haplotype modal Cohen, plus fréquent chez les Cohanim ; ils se retrouvent aussi dans des populations se disant descendre de Juifs, comme la tribu Lemba d'Afrique australe. Il est également vrai qu'un enfant né de parents marranes après les conversions forcées de 1391 pouvait être considéré halakhiquement Juif, puisque de mère juive, et que les rabbins orthodoxes ont fait peu de difficultés pour accepter la reconversion des Xuetas, Majorcains d'origine presque exclusivement converso, étant donné le faible taux de mariage avec les non-Xuetas.
Néanmoins, être Juif n'est pas une question de gènes. Être « catholique de foi, Juif de sang » est un non-sens hormis pour les Juifs intégristes et les antisémites.
Étymologie
En français, le mot « Juif » viendrait du vieux français giu ou juieu depuis le latin iudeus et le grec Ioudaios (Ιουδαίος). Le terme latin signifierait simplement « Judéen », c'est-à-dire du pays de Judée.
Le nom hébreu de Yehoudi (Yehoudim au pluriel) vient de l'époque antique du schisme du Royaume d'Israël en deux royaumes rivaux : le Royaume de Judée au sud (capitale : Jérusalem) et le Royaume d'Israël au nord (capitale : Samarie), plus puissant mais qui disparaît plus tôt que son voisin sous les attaques assyriennes. Lorsque la population du Royaume de Judée fut à son tour déportée dans l'empire babylonien, le terme de Yehoudi a recouvert alors plus globalement l'ensemble des familles de foi juive plutôt que celles qui ne venaient que de ce royaume. Quant au Royaume de Juda, il tire son nom de la Tribu de Juda, elle-même nommée d'après son ancêtre éponyme Juda, quatrième fils de Jacob.
Bref, le Juif est étymologiquement une personne vivant selon les lois et coutumes en vigueur dans le royaume de Juda, dictées à Moïse par Dieu et consignées dans la Torah.
Identité juive
La question מיהו יהודי (« qui est Juif ? ») est assez complexe et sujette à controverses ; la réponse varie selon le point de vue envisagé, ethnique, national ou religieux, et dans ce dernier cas, selon la mouvance interrogée. Dans un sens strictement religieux le judaïsme orthodoxe étant majoritaire, l'on dira qu'est Juive toute personne née de mère elle-même Juive, indépendamment de son degré d'observance, ou qu'il ait été converti par des autorités reconnues compétentes en la matière.
Le Judaïsme n'est pas, tant s'en faut, qu'une religion, mais aussi un mode de vie, ce qui ne facilite pas la délimitation des frontières entre « judaïsme » - la religion, « judéité » - la culture et « appartenance au peuple juif ».
C'est ainsi qu'on a pu observer de tous temps des phénomènes typiquement juifs, sans être spécifiquement religieux : ainsi l'humour juif, la cuisine juive, la musique juive, etc.
Les Juifs ont également créé des épiphénomènes qui leur étaient indiscutablement propres sur un terrain incontestablement universel. Ainsi en est-il de la philosophie juive, particulièrement à l'époque des Lumières (voir la Haskala), ou de la poésie juive dans l’Al-Andalus.
Si certaines de ces particularités sont inhérentes au judaïsme, d'autres proviennent d'échanges interculturels, d'autres encore de facteurs intraculturels non attenants à la religion.
Histoire
Le judaïsme connut son lot de schismes, et ce avant même son établissement en Judée : la Genèse raconte que pour préserver la paix dans le clan des 'Ivrim (les Apirou?), Abraham se dirige vers le Nord tandis que Loth s'établit à Sodome. De nombreux soubresauts traversent aussi les Hébreux durant la traversée du désert, l'épisode le plus connu étant la révolte de Kora'h (Koré) : celui-ci affirme que le peuple d'Israël est déjà saint, tandis que Moïse et Aaron expliquent qu'il doit devenir saint, en se conformant aux prescriptions de l'Eternel.
Le schisme fondamental se produit à la mort de Salomon : refusant de plier devant le joug de Roboam, le fils de Salomon, les tribus préfèrent se fédérer autour de Jéroboam ben Nébat, qui instaure les cultes païens en dehors du temple de Jérusalem, fondant le royaume d'Israël, avec pour capitale Samarie. Les rois d'Israël ouvrant beaucoup plus volontiers leurs portes aux étrangers, le royaume d'Israël se bigarre. La proportion d'étrangers augmente avec la chute du royaume d'Israël et l'exil assyrien, Sennachérib repeuplant le territoire avec des peuples étrangers.
C'est pourquoi le peuple de Samarie ne sera pas admis à participer à la reconstruction du Temple après l'exil babylonien. Ainsi naît le Samaritanisme.
Le samaritanisme n'est donc pas une branche du judaïsme, mais bien une branche d'Israël. Les Samaritains sont les plus proches cousins Hébreux des Juifs. Exilés par les Assyriens, les Samaritains sont considérés avec suspicion par les Judéens lorsque ceux-ci retournent de leur premier exil (qui dure 70 ans), et exclus de la construction du Second Temple. Ils seront alors ennemis des Judéens, n'hésitant pas à s'engager dans des guerres fratricides. Cette version des faits, consignée dans les Chroniques, est contestée par les tenants de l'histoire deutéronomiste et les Samaritains eux-mêmes, qui font valoir que leur foi est dénuée de tout paganisme.
Sur le plan des croyances, le samaritanisme ne partage plus avec le judaïsme que la Torah, ne croyant ni aux Prophètes ni aux Hagiographes. La Bible samaritaine comporte par ailleurs quelques différences par rapport au Pentateuque du canon juif, et est rédigée dans l'écriture hébraïque originelle (l'écriture hébraïque carrée a été empruntée aux Assyriens. En revanche, l'écriture hébraïque cursive moderne partage encore des traits avec l'écriture ancestrale)
Une autre division se produit en concomitance au sein même des « Hébreux de Judée » : ceux qui sont revenus en Terre d'Israël, et ceux qui sont restés en Babylonie. Bien que leur Torah soit la même, leurs rites diffèrent quelque peu. Selon certains, ceux qui sont restés à Babylone, les « exilés du Premier Temple » émigreront pour la plupart en Ashkenaz, alors que ceux qui sont revenus, les « exilés du Second Temple », iront s'installer en Espagne, c'est-à-dire en Sfarad.
Bien sûr, cette division est hautement schématique, et facilement prise en défaut : Abravanel, par exemple, écrit avec fierté que sa famille compte parmi les plus vieilles d'Espagne, installée bien avant l'arrivée des Sépharades. Ashkénazim et Sefardim voyagèrent beaucoup les uns chez les autres. Une importante partie de la communauté de Babylone y resta établie, et forma la communauté des Bagdadi et des Juifs d'Iran, jouissant de conditions privilégiées, eu égard au reste du peuple juif, jusqu'au début du vingtième siècle. Le Rav Ovadia Yossef vient d'Irak.
En Israël, de nombreuses « sectes » (ici au sens premier de nouveau courant religieux formé par un faible nombre d'adeptes) émergent en réponse à l'hellénisme apparu au IIe siècle av. J.-C., les quatre principales sont : les Sadducéens, rejetant toute loi orale, influents dans le clergé et la vie sacerdotale, dont Anne et Caïphe des Evangiles seraient membres, les Zélotes, dont l'histoire finira tragiquement à Massada, les Esséniens, secte mineure par le nombre de ses adeptes, mais ayant laissé des documents d'une importance capitale pour l'archéologie, et qui pourrait bien avoir compté Jean-Baptiste (voire Jésus) parmi ses adhérents; enfin, les Pharisiens, du sein desquels sortira la Mishna et le judaïsme rabbinique.
L'histoire du peuple juif en Diaspora est faite de tentatives d'émancipation, d'isolement, de ségrégation ou d'intégration au sein de leurs sociétés d'accueil, de reconnaissances ou de privations de leurs droits, et régulièrement au cours de leur histoire, de déportations ou de persécutions.
En Orient, suite à la conquête arabe et le choc de l'islam avec les religions et croyances plus anciennes au cours des septième et huitième siècles, on assiste à une floraison de sectes et dissidences par rapport aux mouvements religieux traditionnels. Le judaïsme n'échappe pas au phénomène et on observe, outre une brève reviviscence du sadducianisme et des Esséniens, l'apparition de nouveaux mouvements : les Issawites, les Yudganites, les Shadganites, les Malakites, les Mishawaïtes, etc. Ces mouvements de peu d'ampleur auraient dû disparaître ou retourner dans le giron du judaïsme pharisien, s'ils ne s'étaient regroupés sous la bannière d'Anan ben David.
Selon certaines sources, celui-ci, opposé à la nomination de l'exilarche, se serait autoproclamé « anti-exilarche », ce qui aurait été interprété par le califat comme un acte de rébellion. Pour échapper à la mort, Anan ben David n'aurait eu d'autre choix que de faire sécession avec le judaïsme officiel qui suivait l'autorité des Rabbanim du Talmud, d'où l'appellation de judaïsme rabbinique (ou rabbanite), par opposition à « son » judaïsme, qui ne se basait que sur l'interprétation du Tanakh, le Miqra (traduit par « Texte », mais il faudrait comprendre « Lecture » dans un sens analogue à Coran), d'où son nom de judaïsme karaïte.
Le judaïsme connut de profondes modifications en 1492. Le judaïsme rabbinique fit de l'unité du peuple juif un point central de la Loi, et de fait, ne connut plus de changements majeurs, à l'exception de variations liturgiques dans les différentes communautés, grâce, entre autres, à la rédaction de codes légaux dont la production culmina avec le Shoulhan Aroukh. Quelques faux Messies, dont Jacob Franck et Sabbataï Tsevi exaltèrent les foules, entraînant quelques personnes dans des mouvements dissidents qui devaient aboutir à leur conversion à l'islam ou au christianisme.
Le judaïsme ashkénaze fut néanmoins encore une fois remué à l'avènement des Lumières qui entraînèrent de vives controverses de la Haskala à la suite de quoi s'exacerba la querelle entre Hassidim et Mitnagdim (opposants) en Europe de l'Est que cherchèrent à apaiser les « modérés », les « intermédiaires », comme le Rav Samson Raphaël Hirsch dont la devise était Torah ou Madah (« Torah et science »).
La fin du XIXe siècle voit la montée du sionisme : les premiers pionniers, chassés par les pogroms russes et soutenus par de riches donateurs occidentaux, assèchent des zones marécageuses où ils ont pu s'installer, dans la plaine côtière de Palestine, alors sous souveraineté ottomane ; l’Affaire Dreyfus suscite la vocation du journaliste viennois Theodor Herzl. Mais l'émigration en Palestine suscite le scepticisme des Juifs « assimilés » d'Europe occidentale et l'opposition de la plupart des rabbins orthodoxes.
Le 2 novembre 1917, le gouvernement britannique publie la Déclaration Balfour. En 1922, la Société des Nations confie l’administration de la Palestine (Mandat) au Royaume-Uni. Les convulsions politiques en Europe, consécutives à la dislocation des Empires russe, austro-hongrois, allemand et ottoman, vont bientôt s’exacerber avec la montée des régimes fascistes et antisémites, qui débouche sur le cataclysme de la Shoah. L'immigration juive a beau impulser un vif progrès économique, agricole et sanitaire et stimuler l'emploi arabe ainsi que l'immigration des pays voisins, naît une opposition arabe, souvent violente, qui obtient de l’administration britannique plusieurs limitations successives de l’immigration juive légale, ce qui ne fait que développer l’immigration juive clandestine.
De 1941 à 1945, la Shoah fait 6 millions de morts et une infinité de traumatismes physiques, psychologiques et familiaux. Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations unies approuve le partage du territoire de la Palestine entre un État juif sur 55 % du territoire et un État arabe sur le reste. Des dispositions particulières concernent Jérusalem et Bethléem. La partie juive accepte ce partage territorial que les États arabes rejettent. L’État d’Israël est proclamé le 14 mai 1948.
De nos jours, si l'antagonisme Hassidim/Mitnagdim a disparu, celui entre Juifs « laïcs » et « religieux » reste d'actualité et a pris une nouvelle tournure en Israël où les partis de gauche sont majoritairement et essentiellement non-religieux, ceux de droite étant pour une petite partie religieux. En Diaspora coexistent le judaïsme réformé, judaïsme orthodoxe en Europe de l'Ouest, auxquels s'ajoute le judaïsme conservateur aux États-Unis.
Les groupes et les courants
Les principaux groupes du peuple juif sont :
- les Ashkénazes (à la base un des descendants de Japhet et de la nation qu'il a fondée, Ashkenaz a été assimilé par les autorités rabbiniques à la « Germanie »): Juifs originaires d'Europe centrale. Les Ashkénazes se sont d'abord établis en Allemagne dans les communautés de Worms, Spire et Mayence, sous l'influence de Rabbenou Guershom Meor Hagola ;
- les Séfarades (« Ibérie » en hébreu) : Juifs originaires d'Espagne et du Portugal, et après 1492 d'Afrique du Nord. À noter que de nombreux Séfarades s'appellent Ashkénazi, que de nombreux Rappaport, originairement portugais (Rofe da Porto, « médecin du port ») ont émigré en terre d’Ashkenaz et que la famille Abravanel était établie à Séville, bien avant que les Juifs dits séfarades n'y débarquent.
Cependant, les choses ne sont pas simples : tous les Juifs orientaux ne sont pas sépharades, tous les Juifs de Hongrie ne sont pas Ashkénazes et de toute façon, le Juif tunisien ne comprend pas le judéo-arabe du Juif marocain.
C'est ainsi que l'on distingue :
- Les Juifs Mizrahim (« Juifs Orientaux »), comprenant les Maghrebim, les Teimanim (Juifs du Yémen et d'Oman)
- Les Grouzim (ou Grouzinim), Juifs de Géorgie, les Youhourim, autres Juifs du Caucase,
- Les Bene Israël, Juifs de Cochin et de Telugu (Bnei Menashe) parmi les Juifs en Inde,
- Les Juifs Romaniotes en Grèce,
- Les Italkim (Bnei Roma) en Italie,
- Les Beta Israël en Ethiopie,
- Les Juifs boukhariotes, d'Iran, etc.
Langues et langages
L'hébreu fut la langue du peuple d'Israël tant qu'il demeura sur sa terre. Son importance est attestée dans le livre des Juges (12, 5-6) : afin de différencier les gens de Galaad de ceux d'Ephraïm, il est demandé « comment s'appelle ceci ». Si l'infortuné répond Sibolet, et non Sh'ibolet, il est instantanément passé au fil de l'épée.
Au contact de Babylone, l'hébreu se matine de plus en plus d'araméen. L'un des arguments des critiques bibliques est de retrouver dans le Deutéronome des « mots d'origine persane » (en réalité, il s'agit de notions-clés répandues dans tout le Moyen-Orient antique). Seules quelques familles appartenant à l'élite utilisent encore l'hébreu dans la vie quotidienne.
Le Talmud rapporte que des érudits (ayant perdu l'usage de l'hébreu) se pressent auprès de Juda HaNassi pour connaître la signification du mot srougin, tant et si bien que sa servante s'exclame : « Jusqu'à quand comptez-vous venir sirougin sirougin ? » (« Jusqu'à quand comptez-vous défiler l'un à la suite de l'autre ? »), ce qui leur permet de comprendre la signification du mot.
Après l'extinction de l'hébreu en tant que langue quotidienne, naissent plusieurs « langages » qui sont en fait la langue du terroir mâtinée de quelques mots d'hébreu et rédigée dans cet alphabet. Tel est par exemple le cas des fameuses gloses de Rachi, témoignage vivant de la langue d'oïl ou le judéo-arabe utilisé par les Juifs d’Eretz Islam, de Maïmonide à Juda Halevi.
De ces langues, deux survivent : le yiddish, pratiqué à l'origine par les Ashkénazes et le ladino par les Sépharades. Les autres, dhzidi, judéo-arabe, judéo-provençal, yévanique, etc. ne dépassent pas le stade de dialecte : un Juif tunisien ne comprend pas le patois de son voisin et coreligionnaire algérien et vice-versa, alors qu'aux variations locales près, le yiddish peut servir de lingua franca à tous les Juifs qui le parlent, quelles que soient leurs origines. Le ladino, ou judéo-castillan, tend, lui, à s'éteindre.
L'hébreu, considéré comme langue sainte (lashon ha-kodesh), par lequel le monde a été créé, n'est pratiqué durant tout le Moyen Âge que par les érudits.
Au XVIIe siècle, les organisateurs de la Haskala souhaitant faire disparaître le yiddish, langue du ghetto, pour apprendre aux Juifs résidant en Allemagne l'allemand et l'hébreu, ce dernier est bientôt abandonné.
La deuxième tentative de reviviscence de l'hébreu est réalisée en 1881 par un modeste instituteur, Eliezer Ben-Yehuda, qui y consacre toute son énergie par tous les moyens. Il va jusqu'à refuser de laisser sa femme entrer si elle ne le demande pas en hébreu, ou son chien de se nourrir s'il ne répond pas aux ordres de son maître intimés en hébreu. Jugé blasphématoire, Ben Yehuda est conspué. Cependant, lorsque sa tombe est profanée, sa famille considère comme une victoire le fait que les injures soient écrites en hébreu et non en yiddish…
L'hébreu a depuis lors pris une connotation nationale : il s'agit de la langue officielle de l'État d'Israël.
Bibliographie
- Mon peuple, histoire du peuple juif, par Abba Eban, Buchet-Castel, 1970.
- Histoire du peuple juif, par Cecil Roth, Stock, Judaïsme/Israël, 2 vol., 1980
- Histoire d'Israël, par S. W. Baron I. Des origines au début de l'ère chrétienne II. Les premiers siècles de l'ère chrétienne Quadrige. PUF, 1986
- Une Histoire des Juifs, par Paul Johnson, JC Lattès, 1987
- Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, dir. Sylvie Anne Goldberg, Cerf-Robert Laffont (Bouquins), 1996
- Histoire universelle des juifs, sous la direction d'Elie Barnavi et Denis Charbit, Hachette 1992. Mise à jour 2005
- (fr), Valéry RASPLUS "De l’esprit talmudique à la haine de soi : réflexion sur l’identité juive", dans Les Cahiers Rationalistes, n°581, mars-avril 2006
Voir aussi
- Judaïsme
- Hébreux
- Ashkénaze
- Séfarade
- Samaritain
- Falasha
- Antisémitisme
- Shoah
- Sionisme
- Histoire d'Israël
- Diaspora juive
- Juifs marocains
- Juifs polonais
Liens externes
Témoignages de personnes favorables à la notion de peuple Juif
Témoignages de personnes défavorables à la notion de peuple Juif
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