Ramsès II
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Ramsès II, appelé aussi Ramsès le Grand, était un pharaon d'Égypte. Il est né aux alentours de -1320 et son long règne dura de -1278 jusqu'à sa mort en -1212, soit 66 ans. Il est le fils de Séthi Ier et le petit-fils de Ramsès Ier et fait partie de la XIXe dynastie. Il a lutté contre les Hittites et construit une série de temples en Nubie dont les plus célèbres sont ceux d'Abou Simbel.
Son nom est parfois écrit Ramessès et il était connu des anciens grecs sous le nom de Sésostris. Il était le troisième roi de la XIXe dynastie, fils et successeur de Séthi Ier et de sa reine Tuya. Après la bataille de Qadesh en -1274 contre l'armée de Muwatalli, empereur des Hittites, la frontière sur l'Oronte est stabilisée.
Son règne de 66 ans fut exceptionnellement long et marqua la dernière grande période de prospérité de l'Égypte ancienne. Il fut marié à cinq ou six « grandes épouses » :
- Néfertari la préférée qu'il représenta sur de nombreux bâtiments et pour laquelle il fit creuser un magnifique hypogée dans la Vallée des Reines sur la rive occidentale de Thèbes. Avec Néfertari il eut quatre fils dont Méry-Atoum, Grand Prêtre de Rê, et deux filles dont Mérytamon, qui deviendra son épouse plus tard ;
- Iset-nofret, mère de Bent-Anat et de trois fils dont Khâemouaset et Mérenptah qui sera le successeur de Ramsès ;
- Hénoutmirê, sa sœur ou sa fille ;
- Maâthornéferourê, une princesse hittite, au renouvellement de l'alliance conclue avec , rédigée douze ans plus tôt, en l'an 22 du règne de Ramsès ;
- Bentanat, une de ses filles ;
- Mérytamon, une autre de ses filles.
Il eut aussi de nombreuses concubines, et on dit de Ramsès II qu'il eut plus d'une centaine d'enfants.Une grande tombe collective a été retrouvée dans la vallée des rois, la KV5, qui comprend de multiples chapelles et tombeaux des enfants royaux. Son exploration n'est toujours pas achevée.
Sommaire |
Titulature
| Nom de Nesout-bity | |
|---|---|
| Hiéroglyphe | <hiero>ra-wsr-mAat-ra*stp:n</hiero> |
| Nom de Sa-Rê | |
|---|---|
| Hiéroglyphe | <hiero>i-mn:n:N36-ra:Z1-ms-s-sw</hiero> |
Le bâtisseur
Ramsès II était un grand bâtisseur, c'est lui qui fit de Pi-Ramsès la « capitale » à l'est du delta du Nil, la dotant de temples grandioses, d'un grand palais, d'un port et d'arsenaux, s'assurant ainsi un poste avancé pour préparer ses expéditions dans le levant, et régner sur un immense empire s'étendant de la quatrième cataracte en pays de Kouch jusqu'au frontière du Hatti et du Mitanni sur l'Oronte.
Il acheva ainsi de restaurer la grandeur de l'Égypte des Thoutmôsis perdue suite à l'aventure amarnienne. Grâce à une politique défensive efficace (il construisit une série de forts à l'ouest du delta dont on a retrouvé les traces récemment) il offrit une période de paix au pays favorisant ainsi le développement des arts et des métiers.
Il acheva la grande salle hypostyle du temple d'Amon-Rê à Karnak, ajouta une grande cour à portique au temple d'Amon-Min à Louxor, ainsi qu'un grand pylône précédé de deux obélisques.
Il construisit son temple funéraire, le Ramesséum, en face de Louxor, qui comprenait deux grands pylônes précédant deux cours à portiques et une grande salle hypostyle. Diodore de Sicile nous donne une description fidèle de ce monument qu'il nommait alors le Tombeau d'Ozymandias, forme grécisée du nom de couronnement de Ramsès : Ouser-Maât-Rê.
Il fit également édifier un temple cénotaphe à Abydos non loin de celui de son père qu'il acheva de décorer. Puisant dans les ruines de l'ancienne capitale d'Amarna, il rebâtit le temple de Thot d'Hermopolis, l'antique Khemenou, en réutilisant notamment les temples et bâtiments du site voisin.
Il construisit également à Memphis, agrandissant le temple de Ptah avec l'adjonction sur son axe ouest d'une grande salle hypostyle précédée d'un grand pylône devant lequel il dresse des colosses, mais en édifiant aussi une série de temples et chapelles sur le grand parvis du sud de l'enceinte où il éleva au moins un grand colosse à son effigie qui gît actuellement sur le dos (photo ci-dessous).
De même il restaura également à Bubastis, où il refit ou décora la salle hypostyle du temple de Bastet. On y a aussi retrouvé récemment un colosse à l'image d'une de ses épouses royales, qui aujourd'hui a été redressé et est visible dans le champ de ruine de la cité antique.
En revanche, il est établi aujourd'hui qu'il fit également enlever ou plutôt remplacer le nom de certains de ses prédécesseurs pour mettre le sien à la place quand il restaura leurs monuments. Ce trait particulier lui donna une réputation d'usurpateur tant nous possédons d'exemples de statues et monuments réinscrits à son nom. Si cette activité fut quelque peu abusive, il convient de rappeler que de nombreux monuments et sanctuaires avaient souffert dans les années qui précédèrent l'avènement de la XIXe dynastie et de ce fait nécessitait une restauration voire une reconstruction complète.
On peut voir ce type de "réaménagement" au temple de Louxor, où dans la cour qu'il fit édifier en l'honneur d'Amon-Min, il intercala des colosses entre les colonnes des portiques qui la bordent, certains sculptés sous son règne, d'autres "usurpés" d' Amenhotep III.
Remplissant son rôle de garant de l'équilibre entre les hommes et les dieux, Ramsès se devait de rétablir les cultes et de les doter de biens permettant de les assurer dans tout le pays.
L'un de ses fils, Khâemouaset, grand prêtre de Ptah à Memphis et un temps héritier en titre de la Double Couronne, fut chargé de cette mission, parcourant les sites délabrés et inscrivant des stèles commémoratives de cet exploit (voir par exemple la restauration entreprise sur la pyramide d'Ounas de la Ve dynastie qui comporte sur son revêtement sud encore visible un texte du prince en l'honneur de son père et de son illustre prédécesseur).
C'est lui qui fut chargé également de l'organisation des grandes fêtes jubilaires de Ramsès II, les fêtes-Sed, jusqu'à ce qu'il soit remplacé dans cette tache par son fils Mérenptah, et pour lesquelles il fit bâtir un grand parvis à Pi-Ramsès qui comportait au moins six obélisques de grande taille.
Les « colosses » de Ramsès
Ramsès II fit ériger des colosses à son effigie dans les grands temples construits ou restaurés.
Les plus célèbres sont bien sûr ceux en facade des temples d'Abou Simbel, ceux qui encadrent l'entrée du pylône du temple de Louxor, le colosse couché à Memphis, ainsi que celui qui trône depuis quelques décennies en plein centre du Caire, sur la place qui porte son nom devant la gare centrale. Attaqué par la pollution, ce dernier a été transféré le 25 août 2006 vers Gizeh afin d'être installé au cœur du Grand musée égyptien.
La lutte contre les Hittites
Comme son père Séthi Ier, il veut protéger l'Égypte à l'Est contre les Hittites d'Asie et doit faire face à la menace dès le début de son règne. Il manœuvre énergiquement en plusieurs campagnes pour s'assurer ses arrières en Syro-Palestine et attaque la ville de Qadesh lors de sa 5e année de règne, mais ne remporte qu'une semi-victoire. Ses troupes sont coupées en deux par la charge de l'armée hittite et il se retrouve seul face au danger. Le camp royal est investi et ses troupes battent en retraite, voire s'enfuient. Grâce à l'intervention de réservistes, les "Néarins", et la marche forcée des contingents restés plus en arrière, il parvient à repousser l'attaque et à chasser les troupes de Mouwatalli au delà de l'Oronte. Cependant, au contraire de son père et de son illustre ancêtre Thoutmôsis III, il ne prit pas la citadelle et Qadesh reste aux mains des Hittites.
Ce haut fait d'arme, dont nous possédons plusieurs versions en égyptien, sur papyrus bien sûr, (le poème de Pentaour), mais surtout sur les grands tableaux historiés qu'il fit sculpter sur les murs des principaux temples du pays (Louxor, Karnak, Ramesseum, Abou Simbel...), fut considéré par le roi comme une grande victoire qu'il offrit à Amon qui l'aurait alors secouru en plein désarroi et abandon au milieu d'un péril certain. Les Hittites se déclarèrent eux aussi vainqueurs de leur côté, l'issue de la bataille ayant davantage l'aspect d'un statu-quo que d'une débandade. Ramsès ne poussa d'ailleurs pas plus loin cet avantage annoncé, et préféra renforcer ses positions.
Quoiqu'il en soit cette bataille marque une étape dans les relations égypto-hittites, et Ramsès ira même jusqu'à épouser deux des filles de son ancien ennemi, scellant par ce mariage royal le premier traité de paix connu au monde.
En effet la 21e année de son règne, il signe un traité d'alliance : Hittites et Égyptiens s'engagent à ne plus se faire la guerre, à s'aider mutuellement en cas de catastrophe ou bien d'invasion, cadrant et définissant des relations d'alliés, et Ramsès II épouse la fille aînée du roi des Hittites qui sera nommée Maâthornéferourê. A partir de ce moment-là, il n'y aura plus de guerres égypto-hittites en Asie.
Nous possédons la version égyptienne de ce traité mais celle hittite a également été retrouvée à Hattussa, la capitale du royaume hittite (dans l'actuelle Anatolie en Turquie).
L'exploitation de la Nubie et la construction des temples d'Abou Simbel
Originaire d'une famille du delta du Nil, Ramsès II installe son palais et le centre administratif de l'Égypte à Pi-Ramsès, mais il a aussi besoin de continuer, comme son père, d'exploiter les ressources de la Nubie (plus au Sud) : l'or pour enrichir les temples, mais aussi pour acheter des alliances en Asie (l'empire hittite est ébranlé par la montée de la jeune Assyrie) ; du bois dont le cèdre du Liban mais aussi du cuir, du bétail et surtout des hommes pour l'armée. Dès les premières années de son règne, —d'aucuns pensent à une corégence avec Séthi Ier—, il intervient en pays de Ouaouat et de Koush, réduisant les velléités traditionnelles de révolte des tribus soudanaises. L'exploit est relaté dans l'avant-cour du petit temple de Beit el-Ouali qu'il fit édifier en Basse-Nubie non loin d'Assouan.
Des carrières de la région, qu'il ré-exploite à grande échelle, il tirera les grands obélisques et statues qui orneront ses monuments de Haute et Basse-Égypte, mais ne délaisse pas la ville d'Éléphantine et sa région.
Il organise alors un véritable programme architectural pour la région immédiatement au sud de la première cataracte qui est la frontière historique de l'Égypte avec son voisin méridional. Il restaure bien-sûr les forteresses entretenues depuis le Moyen Empire, à Bouhen, Semna et Koumna, mais fonde également une série de sanctuaires, que l'on nomme hémi-spéos, car pour partie creusés dans la roche et pour l'autre construits en maçonnerie, dédiés aux dieux dynastiques et étroitement liés au rôle de l'inondation.
On citera notamment :
- Le temple d'Amon de Ouadi es-Seboua ;
- Le temple de Ptah de Gerf Hussein ;
- Le temple de Rê de Derr ;
- Les deux magnifiques temples d'Abou Simbel : l'un est consacré à sa reine favorite Néfertari, l'autre, le plus grand aux dieux protecteurs de l'Empire, Amon, Ptah et Rê mais aussi… à Ramsès II lui-même, qui s'y fait représenter sous forme d'un dieu à tête de faucon.
Ramsès et les dieux
Ramsès II fut aussi un grand théologien, reprenant à son compte l'initiative solaire amorcée par Akhénaton, mais en se préservant des cultes traditionnels. Voulant lui aussi développer au travers de sa propre personne une religion transfrontalière permettant de rassembler tous les peuples mis sous sa coupe, il favorisa au contraire les temples des grands dieux de l'Empire : Amon, Rê, Ptah, Osiris.
En effet, plutôt que d'effacer leur culte comme le fit à son péril Akhénaton, il les affirma dans leur rôle central dans la vie économique et spirituelle du pays, et instaura le sien propre, de son vivant, s'associant ainsi encore davantage que ses ancêtres aux dieux dynastiques et tout particulièrement au dieu Rê. L'exemple des temples de Nubie est parlant à ce sujet.
Partout il reprit l'initiative en redonnant aux temples et aux cultes des dieux un faste inégalé. Les innombrables fondations à son nom l'attestent et ses successeurs n'eurent qu'à parachever l'entreprise de leur prestigieux aïeul.
Enfin, conscient de l'emprise du dieu Amon-Rê de Thèbes et de son clergé sur le pays, emprise qui menaçait quelque peu le pouvoir royal raison qui sans nul doute participa au choix de "l'hérétique" Akhénaton en son temps, il usa de stratégie en favorisant autant que faire se peut les temples de Ptah à Memphis et de Rê à Héliopolis. En retour, il donna des gages de sa bonne foi aux prêtres de Karnak en effaçant le souvenir de celui qui voulut leur perte, ainsi que de sa descendance.Tendance déjà amorcée par son père Séthi qui le fit représenter dans son temple d'Abydos devant une liste de rois représentant leurs ancêtres sur le trône d'Horus, liste de laquelle sont absents les rois d' Amarna, jusqu'à Horemheb, mais aussi Hatchepsout.
C'est de son temps également que les cultes des grandes villes du delta retrouvèrent leur importance, en instituant également de nouveaux, comme ceux des dieux orientaux tels que Baâl, qui sera associé par syncrétisme à Seth, ou encore Ashtarté, Anta, Reshef, etc.
Ces cultes se retrouveront à cette époque dans toute l'Égypte, de Memphis à Thèbes (Deir el-Médineh), prouvant ainsi un brassage des cultures propre à une période de paix assurée.
La fin du règne et la légende
Ramsès II eut une fin de règne endeuillée par la disparition successive de ses héritiers et de sa Grande Épouse Royale Néfertari et meurt après un règne de 66 ans, qui correspond à plus de la moitié de la XIXe dynastie.
Il est inhumé dans la tombe KV7 dans la Vallée des Rois qui n'est plus visitable actuellement tant elle est dégradée car creusée dans une couche marneuse de la vallée qui ne résista pas bien aux sporadiques mais dévastatrices inondations de l'oued asséché dans lequel fut choisi l'emplacement de la nécropole royale. Des fouilles et une campagne de restauration sont actuellement au travail pour parfaire notre connaissance de la tombe royale. Le trésor funéraire de Ramsès II a disparu depuis longtemps certainement à l'occasion de pillages qui eurent lieu à la fin du Nouvel Empire. Ainsi un braséro au nom de Ramsès II a été retrouvé dans le trésor funéraire de Psousennès Ier de la XXIe dynastie à Tanis, et les musées possèdent des Ouchebtis à son nom, preuve caractéristique d'un pillage ancien.
De même, sa momie fut déplacée par les prêtres, d'abord dans la tombe de son père, puis à nouveau dans la Tombe de la Cachette (DB320) retrouvée à la fin du XIXe siècle à la suite d'une enquête rocambolesque du tout jeune service des antiquités égyptiennes initié par Mariette.
On l'a retrouvé enveloppé dans des bandelettes par les prêtres de la XXIe dynastie, et réinstallé dans un sarcophage en bois de cèdre qui avait appartenu à... Ramsès Ier, son grand-père. Cela illustre combien la Vallée des Rois fut l'emprise de convoitises lorsque s'effondra l'Empire des Ramsès.
Lors de son débandelettage suite à sa découverte, et le dégagement de ses bras, une tension post-mortem rejeta l'un de ses bras soudainement dans un dernier geste, créant l'effroi et la fuite de l'assistance venue admirer le spectacle...
La dépouille (momifiée) de Ramsès II se trouve au musée égyptien du Caire et dut être "soignée" dans les années 1970 car des champignons s'y étaient développés au contact de l'air moderne.
Si Ramsès II est si connu après sa mort, c'est en partie parce que lorsqu'il était vivant, il a tout fait pour qu'on le prenne pour un dieu.Il a eu plus de 100 enfants des ses épouses légitimes ou secondaires. Son 13e fils, Mérenptah ou Mineptah, lui a succédé.
Il a fait sculpter de très nombreuses statues à son image et a fait graver son nom sur presque tous les temples et notamment d'autres pharaons, comme s'il les avait fait construire lui-même !
Son action dans les pays de Kouch et surtout dans le couloir syro-palestinien dut marquer les esprits de l'époque et l'on racontait encore sous les Ptolémées la légende de l'extraordinaire voyage de "la princesse de Bakhtan" venue s'offrir en mariage au grand roi d'Égypte, écho lointain du fameux mariage avec la fille de Hattousil qui avait alors succédé à Mouwatalli sur le trône du Hatti.
Ramsès II est également connu du grand public pour une toute autre raison : les traducteurs de la Bible et longtemps les historiens après eux, l'indiquent comme ayant été le pharaon régnant au moment de l'Exode, la fuite des Hébreux, qui a été évoquée aussi dans de nombreux films, comme Les Dix commandements.
Cependant, les récentes données archéologiques sur les premiers Israélites en terre de Palestine (1990) ont montré qu’il s’agit d’un groupe qui se développe progressivement, à partir de -1200, sans arrivée massive d’une population extérieure.
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