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Synchronicité

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Carl Gustav Jung propose de nommer synchronicité une relation entre deux événements qui ne relève pas d'une association causale, mais d'une association par le sens. Il existe certes déjà le mot coïncidence, mais ce dernier évoque un aspect fortuit qui ne se trouve pas dans le concept de synchronicité. On peut donc parler d'une coïncidence objective. Par exemple, vous vous posez une question et voilà qu'une réponse vous est donnée par l'entremise du discours d'un proche, par une représentation picturale (affiche ou autre), par quelque ligne d'un livre ouvert "au hasard", etc. Carl Gustav Jung illustrait ce concept par le très célèbre exemple du scarabée d'or : alors qu'une de ses patientes en analyse lui racontait un de ses rêves et prononcait le mot scarabée d'or, un scarabée d'or s'écrasait sur la vitre de son cabinet, les troublant tous deux. Cette "coïncidence fortuite" allait permettre de relancer la thérapie stagnante de sa patiente...

Sommaire

Évolution du concept (historique)

C'est un jeune biologiste autrichien du nom de Paul Kammerer qui fut le premier scientifique moderne (avant Jung) à regarder les coïncidences sous un oeil non-mécaniste. Dès 1900, et pendant plusieurs années, il note des observations de coïncidences. En 1919, il publie la conclusion de son travail qui décrit l'univers dans lequel on vit comme un « monde mosaïque, qui, malgré de constants mouvements et réarrangements, vise à réunir les choses semblables ».[1].

Jung, aidé du célèbre physicien W.Pauli, Prix Nobel de Physique, approfondira les travaux de Kammerer, en définissant le concept de synchronicité et en le liant aux processus de l'inconscient. « Une synchronicité apparaît lorsque notre psychisme se focalise sur une image archétypale dans l'univers extérieur, lequel comme un miroir nous renvoie une sorte de reflet de nos soucis sous la forme d'un évènement marqué de symboles afin que nous puissions les utiliser.Nous nous trouvons face à un "hasard" signifiant et créateur.»[2]

Les aidant à la naissance d'une synchronicité

L'intuition

L'intuition nous permettrait de nous diriger vers des évèvements chargés de sens. Sous la gouverne du mental, le meilleur chemin vers lequel un être tend est le chemin le plus court, le plus efficace, le moins risqué pour cet être, bref le plus logique. Sous la gouverne de l'intuition, le meilleur chemin vers lequel un être tend est le chemin le plus chargé de sens. En suivant son intuition, l'être marche vers la synchronicité.

Formuler une intention, lâcher prise et écouter son intuition

Le suivi de l'intuition pourrait être une étape subséquente à une autre soit celle de la formulation d'une intention, d'un souhait. Dans bien des cas, cette première étape est souvent inconsciente.

Voici un exemple, recensé dans le livre d'Erik Pigani qui illustre ces hypothèses.

Lise, auteure de chansons, raconte une expérience particulièrement significative. Alors qu’elle était encore étudiante, elle décide d’investir toutes ses économies pour ouvrir un bar à chansons à Québec. Pour l’inauguration, elle aimerait faire venir des journalistes, mais tous lui répondent qu’elle doit créer un événement en faisant parrainer son bar par une personnalité. Le chanteur Félix Leclerc, par exemple. [Ici, elle formule une intention : contacter Félix Leclerc] Alors, elle cherche à contacter celui-ci, en vain. " C’était terrible. J’avais vraiment besoin de sa présence pour l’ouverture, raconte Lise. Sans lui, pas de presse. Mais je ne me suis pas découragée, j’ai eu confiance en la vie, sachant qu’elle apporte souvent des réponses à nos besoins fondamentaux. [Ici, elle lâche prise et s'ouvre] Le soir même, la jeune femme éprouve l’envie de faire un tour en voiture, poursuit Erik Pigani. Pourtant, c’est l’hiver, il fait nuit et froid. Elle roule donc. [Ici, elle suit son intuition]Tout à coup, devant elle une voiture fait une embardée et se fiche dans un banc de neige. Lise s’arrête, le conducteur sort de son véhicule… " et qui croyez-vous se trouvait devant elle? Pour ceux qui ne l’auraient pas deviné, il s’agissait de Félix Leclerc, bien sûr. " Quinze jours plus tard, relate le journaliste, le chanteur faisait l’ouverture du bar de Lise. " Il y a plusieurs exemples comme celui-là.[3]

Poser une question, lâcher prise et écouter son intuition

On peut utiliser le principe de synchronicité également pour obtenir un conseil ou une aide éclairante :

  1. en posant la question claire et honnête avec l'intention de connaître la réponse
  2. en lâchant prise et en s'ouvrant à son environnement
  3. en écoutant son intuition

Les rêves

Selon les analystes jungiens, les rêves sont l'imagination d'évènements parfois incohérents, mais souvent chargés de sens, de messages. Accorder de l'attention aux rêves reviendrait à demander à son mental de prêter attention aux détails de son existence, et cela aurait pour effet d'intégrer les messages rêvés à son vécu conscient,[4] provocant ainsi les coïncidences et les synchronicités.

Exemples de sérialité

Les coïncidences entre Lincoln et Kennedy sont citées comme exemples de synchronicité, quoique l'exactitude ou la pertinence de ces coïncidences soit critiquée.

Fécondité du concept

Le caractère non-reproductible des exemples de synchronicité fait que le concept n'a pas eu de fécondité particulière dans le domaine scientifique. Il a en revanche effectué une légère résurgence dans la presse au moment de l'expérience d'Alain Aspect confirmant l'exactitude des prédictions de la mécanique quantique dans le paradoxe EPR : la levée instantanée du degré de liberté d'une particule alors qu'on examinait sa jumelle n'avait pas un caractère de coïncidence (puisque la relation de conservation existait), mais n'avait pas davantage un caractère causal (car non seulement on n'a pas touché à la seconde particule, mais l'indétermination la concernant est levée instantanément dans tout repère, sans même de limitation due à la lenteur de la lumière (ce qui ne contredit pas les hypothèses de base de la Relativité, car il n'y a pas de signal transmis à proprement parler). Il semblait donc opportun de réexhumer la synchronicité. En fin de compte, on estima plus simple de renoncer à la localité (voir Rasoir d'Occam).

L'acausalité

La causalité fait partie des lois naturelles connues, or, la synchronicité est, par définition, acausale. Son existence réelle est donc mise en doute, du moins selon une vision déterministe du monde.

Vision déterministe de l'acausalité

L'astro-physicien Hubert Reeves qualifie de "risquée" l'exploration de l'acausalité puisse qu'un « événement est dit acausal jusqu’à ce qu’on ait découvert sa cause. C’est-à-dire son appartenance au monde des causes et des effets. » Il conclut alors: « L’histoire des sciences c’est, en définitive, la liste des relations causales découvertes successivement entre des objets apparemment sans relation. »[5]

Vision probabiliste de l'acausalité

Pour Jung, il n'y a pas de causalité parfaite. Plutôt « les lois de la nature sont des vérités statistiques, c’est-à-dire qu’elles ne sont en quelque sorte pleinement valables que dans le domaine des valeurs macro-physiques. Dans celui de l’infiniment petit, en revanche, la prédiction devient incertaine voire impossible, parce que les très petites grandeurs ne se comportent plus conformément aux lois naturelles connues. »[6]

La synchronicité, une pseudo-science

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Voir l'articlePseudo-science.

Le concept de synchronicité est critiqué par la communauté scientifique en raison de nombreux défauts qui empêche de l'étudier d'un point de vue scientifique, au même titre que la psychanalyse (cf critique épistémologique de la psychanalyse).

Une théorie ou un concept pseudo-scientifique n'est pas nécessairement faux. Pseudo-science qualifie uniquement une théorie qui est refusée par la communauté scientifique en raison de critères clairs et énumérés.

Un mauvais usage de la statistique

Un évènement statistiquement improbable n'a, par définition, que très peu de chance de se produire. Mais si on analyse une large quantité d'évènements improbables, il y a toute les chances qu'il puisse s'en produire un (dans la mesure ou la quantité d'évènements est inversement proportionnelle à la probabilité de chaque évènement). Par exemple, la probabilité de l'évènement gagner au loto est infime, mais en raison du nombre de joueurs, il y a régulièrement un, voire plusieurs, gagnant pour un tirage donné.

Transposé au concept de synchronicité, les coïncidences acausales sont en effet fortement improbables, mais en raison même de la variété et de la quantité de ces coïncidences, la probabilité que l'une d'elle au moins se produise est très forte. Par extension, il est fortement improbable que jamais n'apparaissent une de ces coïncidences[7].

Des coïncidences non-espérées

Dans le cadre de la synchronicité, le biais est double puisque les évènements improbables ne sont pas attendus. Il ne s'agit pas d'attendre un évènement donné mais un signe. La fiabilité du résultat ne dépend donc que de l'interprétation de l'expérimentateur, ce qui n'est pas admissible dans un cadre scientifique. De plus, il ne s'agit plus d'attendre un évènement fortement improbable, mais bien de tirer un évènement qui s'est produit (une coïncidence dans le cas de la synchronicité) et de constater qu'il était en effet tout à fait improbable.L'ensemble des coïncidences admissibles et acausales est extrement large face à la probabilité de chaque coïncidence. Il est donc très probable qu'un de ces évènements se produise.

Si vous allez voir un nombre gigantesque d'endroits et considérez comme une preuve tout ce sur quoi vous tombez, vous êtes sûr de découvrir du sens là ou il n'y en a pas.

-- John Ruscio[8]

En psychologie, le processus tendant à considérer comme des choix personnels dictés par une attitude rationnelle ce qui est souvent le résultat de concours de circonstances s'appelle la rationalisation. Le processus de reconnaître des symboles ou des motifs dans des données aléatoires ou sans sens particulier s'appelle apophénie.

Umberto Eco a raillé cette propension à la recherche de coïncidences dans son roman "Le pendule de Foucault" :

"Il ouvrit tout grands et théâtralement les battants, nous invita à venir voir et nous montra, au loin, à l’angle de la ruelle et des avenues, un petit kiosque de bois où se vendaient probablement les billets de la loterie de Merano. « Messieurs, dit-il, je vous invite à aller mesurer ce kiosque. Vous verrez que la longueur de l’éventaire est de 149 centimètres, c’est-à-dire un cent-milliardième de la distance Terre-Soleil. La hauteur postérieure divisée par la largeur de l’ouverture fait 176 : 56 = 3,14. La hauteur antérieure est de 19 décimètres, c’est-à-dire égale au nombre d’années du cycle lunaire grec. La somme des hauteurs des deux arêtes antérieures et des deux arêtes postérieures fait 190 x 2 + 176 x 2 = 732, qui est la date de la victoire de Poitiers. L’épaisseur de l’éventaire est de 3,10 centimètres et la largeur de l’encadrement de l’ouverture de 8,8 centimètres. En remplaçant les nombres entiers par la lettre alphabétique correspondante, nous aurons C10H8, qui est la formule de la naphtaline."

Les critères des pseudo-sciences

Le concept de synchronicité couvre une large partie des critères permettant de caractériser une pseudo-science, notamment :

De plus, la synchronicité se justifie parfois en s'appuyant notamment sur le paradoxe EPR alors qu'il est par essence difficile de faire le pont entre l'infiniment petit (objet du paradoxe EPR) et un concept plus global tel la synchronicité.

Le paradoxe des anniversaires

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Voir l'articleParadoxe des anniversaires.

Une illustration intéressante de coincidence acausale est donnée par le paradoxe des anniversaires.

Le paradoxe des anniversaires, dû à Richard von Mises, est à l'origine, une estimation probabiliste du nombre de personnes que l'on doit réunir pour avoir une chance sur deux que deux personnes de ce groupe aient leur anniversaire le même jour. Il se trouve que ce nombre est 23, ce qui choque un peu l'intuition. À partir d'un groupe de 57 personnes, la probabilité est supérieure à 99 %[9].

Ce n'est donc pas à proprement parler un paradoxe puisque la seule contradiction est dans l'intuition de celui qui se pose la question. Cet exemple, lourdement étudié statistiquement et largement éprouvé dans le cadre de la cryptanalyse, est révélateur du fossé entre la réalité statistique et l'intuition : la coincidence paraît beaucoup plus improbable qu'elle ne l'est en réalité.


Notes et références

  1. La synchronicité selon Jung, http://www.alliancespirite.org/dossier-4.html.
  2. La synchronicité selon Jung, http://www.alliancespirite.org/dossier-4.html.
  3. Erik Pigani," Provoquer des hasards heureux, c’est possible! ", Psychologies, septembre 1999.
  4. Erik Pigani," Provoquer des hasards heureux, c’est possible! ", Psychologies, septembre 1999.
  5. Hubert Reeves, " Incursion dans le monde acausal "La Synchronicité, l’Âme et la Science, Éd. Poiesis, Diff. Payot, 1984.
  6. Carl Gustav Jung, Synchronicité et Paracelsica, Éd. Albin Michel, 1988.
  7. Broch & Charpak réservent une partie de leur livre pour détailler ce point, en commentant une photographie réalisée par l'un d'entre eux, photographie troublante puisque faisant apparaître un phénomène tout à fait improbable. Lire Georges Charpak et Henri Broch, Devenez sorciers, devenez savants !, Odile Jacob, Sciences, 2002.
  8. John Ruscio. The Perils of Post-Hockery, Skeptical Inquirer, November/December 1998 in [1]
  9. le paradoxe des anniversaires sur la wikipédia francophone

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